10.11.2009

Altenberg Lieder

Altenberg Lieder Op. 4 (1912)

Alban Berg

sur des poèmes de Richard Altenberg (alias Richard Eglaender)


Renée Fleming (soprano)

Orchestre du Festival de Lucerne

direction : Claudio Abbado

 

 

 

 

1__________

Seele, wie bist du schöner, tiefer, nach...

    Seele, wie bist du schöner, tiefer, nach Schneestürmen. 
Auch du hast sie, gleich der Natur.
Und über beiden liegt noch ein trüber Hauch,
eh' das Gewölk sich verzog!

Âme, tu es plus belle, plus profonde,...

    Âme, tu es plus belle, plus profonde, après les tempêtes de neige. 
Et tu en as, semblable à la nature
et sur toutes deux, repose encore un souffle trouble
tant que les nuages ne se sont pas dissipés !

2__________

Sahst du nach dem Gewitterregen den...

    Sahst du nach dem Gewitterregen den Wald? 
Alles rastet, blinkt und ist schöner als zuvor.
Siehe, Fraue, auch du brauchst Gewitterregen!

As tu vu la forêt après la pluie d'orage

    As-tu vu la forêt après la pluie d'orage ?!?! 
Tout se repose, brille et est plus beau qu'avant.
Regarde, femme, toi aussi tu as besoin de la pluie d'orage !


3__________

Über die Grenzen des All blicktest du...

    Über die Grenzen des All blicktest du sinnend hinaus; 
Hattest nie Sorge um Hof und Haus!
Leben und Traum vom Leben, plötzlich ist alles aus - - -.
Über die Grenzen des All bliekst du noch sinnend hinaus!

Sur la limite de l'univers tu jetais un...

    Sur la limite de l'univers tu jetais un regard méditatif ; 
Tu n'avais pas de souci pour la cour et la maison !
La vie et le rêve de la vie, tout est soudain fini -- -- --
Sur la limite de l'univers tu jettes encore un regard méditatif!


4__________

Nichts ist gekommen, nichts wird kommen...

    Nichts ist gekommen, nichts wird kommen für meine Seele. 
Ich habe gewartet, gewartet, oh - gewartet!
Die Tage werden dahinschleichen, und umsonst wehen
meine aschblonden Haare um mein bleiches Antlitz!

Rien n'est venu, rien ne viendra pour...

    Rien n'est venu, rien ne viendra pour mon âme. 
J'ai attendu, attendu, oh - attendu !
Les jours s'écouleront lentement,
Et en vain ma chevelure blonde, soyeuse, flotte autour de mon visage pâle !


5__________

Hier ist Friede. Hier weine ich mich aus...

    Hier ist Friede. Hier weine ich mich aus über alles! 
Hier löst sich mein unfaßbares, unermeßliches Leid,
das mir die Seele verbrennt ...
Siehe, hier sind keine Menschen, keine Ansiedlungen.
Hier ist Friede! Hier tropft Schnee leise in Wasserlachen ...

Ici est la paix

    Ici est la paix. Ici je pleure sur toutes choses ! 
Ici se dissout la souffrance inconcevable,
immense qui brûle mon âme...
Vois, ici il n'y a pas d'hommes, pas de villages...
Ici est la paix ! Ici la neige s'égoutte dans les flaques d'eau...

04.11.2009

Expressionisme

Expressionisme :

Alban Berg et Ernst Ludwig Kirchner

 

Les peintures d' Ernst Ludwig Kirchner sur l' Adagio de la Suite Symphonique Lulu d' Alban Berg

 

(merci à Bomarzzo pour ce beau diaporama)

 

Quelques détails sur l' Expressionisme : Expressionisme (Wikipedia)

Informations interessantes : Die entartete Kunst (l' Art dégénéré)

19.10.2009

The survivor form Warsaw

Arnold SCHÖNBERG

The survivor from Warsaw op. 46

film de Saskia Boddeke & Peter Greenaway

 

 

I cannot remember everything. I must have been unconscious most of the time. I remember only the grandiose moment when they all started to sing, as if prearranged, the old prayer they had neglected for so many years – the forgotten creed ! But I have no recollection how I got underground to live in the sewers of Warsaw for so long a time.

The day began as usual : Reveille when it still was dark. Get out!  Whether you slept or whether worries kept you awake the whole night. You had been separated from your children, from your wife, from your parents;  you don’t know what happened to them – how could you sleep?

The trumpets again – Get out ! The sergeant will be furious ! They came out ; some very slowly : the old ones, the sick ones ; some with nervous agility. They fear the sergeant. They hurry as much as they can. In vain ! Much too much noise, much too much commotion – and not fast enough ! The Feldwebel shouts : “Achtung ! Stillgestanden ! Na wirds mal ? Oder soll ich mit dem Jewerkolben nachhelfen ? Na jutt ; wenn ihr’s durchaus haben wollt“. The sergeant and his subordinates hit everyone : young or old, strong or sick, guilty or innocent. It was paintful to hear them groaning and moaning. I heard it though I had been hit very hard, so hard that I could not help falling down. We all on the ground who could not stand up were then beaten over the head.

I must have been unconscious. The next thing I heard was a soldier saying : “They are all dead”, whereupon the sergeant ordered to do away with us. There I lay aside – half-conscious. It had become very still – fear and pain. Then I heard the sergeant shouting: “Abzählen !” They started slowly and irregularly : one, two, three, four – “Achtung! ” the sergeant shouted again, “Rascher ! Nochmal von vorn anfangen ! In einer Minute will ich wissen, wieviele ich zur Gaskammer abliefere ! Abzählen !” They began again, first slowly : one, two, three, four,  became faster and faster, so fast that it finally sounded like a stampede of wild horses, and all of a sudden, in the middle of it, they began singing the Shema Yisroel :

Shem’a Yisroel Adonoy eloheynu Adonoy ehod
Veohavto et Adonoy eloheycho bechol levovcho uvchol
nafshecho uvechol me’odecho
Vehoyu hadevorim hoele asher onochi metsavecho hayom
‘al levovecho
Veshinontom levoneycho vedibarto bom beshivtecho
beveytecho uvelechtecho baderech uvshochbecho
uvekumecho.

 

Je ne peux pas me rappeler de tout, j’ai dû perdre conscience quasiment tout le temps. Je ne me souviens que du grandiose instant où, comme un fait exprès, tous se mirent à chanter la vieille prière, négligée depuis tant d’années ; la foi oubliée ! Mais j’ignore comment j’ai pu me retrouver sous terre, à vivre dans les égouts de Varsovie pendant si longtemps. Journée habituelle. Réveil bien avant le jour. Sortez ! Que le sommeil ou les soucis aient habité toute votre nuit. Vous êtes loin des vôtres, de vos enfants, de votre femme, de vos parents ; vous ignorez où ils sont - comment dormir ?

Les trompettes encore. « Sortez ! le sergent sera furieux ! ». Ils sortaient, les uns au pas, les vieillards, les malades ; d’autres, nerveux se bousculant. Ils craignent le sergent. Ils se dépêchèrent comme ils le pouvaient. En vain ! Beaucoup trop de bruit, trop d’agitation, et pas assez vite ! Le Feldwebel crie : “Silence! Gare à vous! Alors, ça vient ? vous obéissez ? ou faut-il que je vous aide avec la crosse de mon fusil ? Eh bien, si vous y tenez absolument ! » Le sergent et ses subordonnés frappèrent tout le monde : jeune ou vieux, fort ou faible, responsable ou innocent. Quelle peine de les entendre geindre et se plaindre. J’ai entendu, bien qu’on m’ait frappé bien fort ; si fort que je suis tombé malgré moi. On frappa ensuite sur la tête tous ceux d’entre nous qui ne pouvaient se relever.

J’ai dû perdre conscience. Je me souviens ensuite d’un soldat disant : « Ils sont tous morts. » Et puis, le sergent ordonna qu’on nous enlève de là. Je gisais à l’écart, mi-conscient ; il y eut alors un grand calme. Crainte et souffrance. Puis j’entendis le sergent crier : « Comptez-vous ! » Ils commencèrent lentement et irrégulièrement : un, deux, trois, quatre. « Silence ! », cria à nouveau le sergent. « Plus vite ! Recommencez ! Dans une minute je veux savoir combien j’en envoie à la chambre à gaz ! Comptez-vous ! ». Ils recommencèrent, d’abord lentement : un, deux, trois, quatre, puis de plus en plus vite comme si c’était le bruit d’un galop de chevaux sauvages, et soudain en plein milieu, ils commencèrent à chanter le Shema Yisroel :

Shem’a Yisroel Adonoy eloheynu Adonoy ehod
Veohavto et Adonoy eloheycho bechol levovcho uvchol
nafshecho uvechol me’odecho
Vehoyu hadevorim hoele asher onochi metsavecho hayom
‘al levovecho
Veshinontom levoneycho vedibarto bom beshivtecho
beveytecho uvelechtecho baderech uvshochbecho
uvekumecho.

 


 

30.09.2009

Eine Nacht, ein Leben (suite et fin)

Christine Schäfer, soprano

Ensemble Intercontemporain. Pierre Boulez, direction

Pierrot Lunaire op.21 d'Arnold Schönberg

d'après les poèmes d'Albert Giraud

 

Serenade

Mit groteskem Riesenbogen

Kratzt Pierrot auf seiner Bratsche,

Wie der Storch auf einem Beine,

Knipst er trüb ein Pizzicato.


Plötzlich naht Cassander - wütend

Ob des nächtgen Virtuosen -

Mit groteskem Riesenbogen

Kratzt Pierrot auf seiner Bratsche.


Von sich wirft er jetzt die Bratsche:

Mit der delikaten Linken

Faßt den Kahlkopf er am Kragen -

Träumend spielt er auf der Glatze

Mit groteskem Riesenbogen.

 

La sérénade de Pierrot

      D'un grotesque archet dissonant      
      Agaçant sa viole plate,      
      A la héron, sur une patte,      
      Il pince un air inconvenant.      
             
      Soudain Cassandre, intervenant,      
      Blâme ce nocturne acrobate,      
      D'un grotesque archet dissonant      
      Agaçant sa viole plate.      
             
      Pierrot la rejette, et prenant      
      D'une poigne très délicate      
      Le vieux par sa roide cravate,      
      Zèbre son ventre bedonnant      
      D'un grotesque archet dissonant.      

 

Heimfahrt (Barcarole)

      Der Mondstrahl ist das Ruder,      
       Seerose dient als Boot;      
       Drauf fährt Pierrot gen Süden      
       Mit gutem Reisewind.      
             
       Der Strom summt tiefe Skalen      
       Und wiegt den leichten Kahn.      
       Der Mondstrahl ist das Ruder,      
       Seerose dient als Boot.      
             
       Nach Bergamo, zur Heimat,      
       Kehrt nun Pierrot zurück;      
       Schwach dämmert schon im Osten      
       Der grüne Horizont.      
       - Der Mondstrahl ist das Ruder.      
             

Départ de Pierrot

      Un rayon de lune est la rame,      
      Un blanc nénuphar, la chaloupe ;      
      Il regagne, la brise en poupe,      
      Sur un fleuve pâle, Bergame.      
             
      Le flot chante une humide gamme      
      Sous la nacelle qui le coupe.      
      Un rayon de lune est la rame,      
      Un blanc nénuphar, la chaloupe.      
             
      Le neigeux roi du mimodrame      
      Redresse fièrement sa houppe ;      
      Comme du punch dans une coupe,      
      Le vague horizon vert s'enflamme.      
      - Un rayon de lune est la rame.      
             

 

O alter Duft

      O alter Duft aus Märchenzeit,      
      Berauschest wieder meine Sinne;      
      Ein närrisch Heer von Schelmerein      
      Durchschwirrt die leichte Luft.      
             
      Ein glückhaft Wünschen macht mich froh      
      Nach Freuden, die ich lang verachtet:      
      O alter Duft aus Märchenzeit,      
      Berauschest wieder mich!      
             
      All meinen Unmut gab ich preis;      
      Aus meinem sonnumrahmten Fenster      
      Beschau ich frei die liebe Welt      
      Und träum hinaus in selge Weiten...      
      O alter Duft - aus Märchenzeit!      
             

Parfums de Bergame

      O vieux parfum vaporisé      
      Dons mes narines sont grisées !      
      Les douces et folles risées      
      Tournent dans l'air subtilisé.      
             
      Désir enfin réalisé      
      Des choses longtemps méprisées :      
      O vieux parfum vaporisé      
      Dont mes narines sont grisées !      
             
      Le charme du spleen est brisé :      
      Par mes fenêtres irisées      
      Je revois les bleus Elysées      
      Où Watteau s'est éternisé.      
      - O vieux parfum vaporisé !      

23.09.2009

Eine Nacht, ein Leben (suite)

Christine Schäfer, soprano

Ensemble Intercontemporain. Pierre Boulez, direction

Pierrot Lunaire op.21 d'Arnold Schönberg

d'après les poèmes d'Albert Giraud

 

 


Enthauptung

Der Mond, ein blankes Türkenschwert  

Auf einem schwarzen Seidenkissen,  

Gespenstisch groß - dräut er hinab  

Durch schmerzendunkle Nacht.  



Pierrot irrt ohne Rast umher  

Und starrt empor in Todesängsten  

Zum Mond, dem blanken Türkenschwert  

Auf einem schwarzen Seidenkissen.  



Es schlottern unter ihm die Knie,  

Ohnmächtig bricht er jäh zusammen.  

Er wähnt: es sause strafend schon  

Auf seinen Sünderhals hernieder  

Der Mond, das blanke Türkenschwert.  


Décollation

La lune, comme un sabre blanc  

Sur un sombre coussin de moire,  

Se courbe en la nocturne gloire  

D'un ciel fantastique et dolent.  



Un long Pierrot déambulant  

Montre avec des gestes de foire  

La lune, comme un sabre blanc  

Sur un sombre coussin de moire.  



Il flageole et, s'agenouillant,  

Rêve dans l'immensité noire  

Que pour la mort expiatoire  

Sur son cou s'abat en sifflant  

La lune, comme un sabre blanc.



__________________________________

 

Die Kreuze

Heilge Kreuze sind die Verse,  

Dran die Dichter stumm verbluten,  

Blindgeschlagen von der Geier  

Flatterndem Gespensterschwarme!  



In den Leibern schwelgten Schwerter,  

Prunkend in des Blutes Scharlach!  

Heilge Kreuze sind die Verse,  

Dran die Dichter stumm verbluten.  



Tot das Haupt - erstarrt die Locken -  

Fern, verweht der Lärm des Pöbels.  

Langsam sinkt die Sonne nieder,  

Eine rote Königskrone. -  

Heilge Kreuze sind die Verse!  


Les croix

Les beaux vers sont de larges croix  

Où saignent les rouges poètes,  

Aveuglés par les gypaètes  

Volant en rond dans les cieux froids.  



Dans la nuit les lointains beffrois  

Célèbrent de sinistres fêtes:  

Les beaux vers sont de larges croix  

Où saignent les rouges poètes,  



Ils ont trépassé, cheveux droits,  

Loin de la foule aux clameurs bêtes,  

Les soleils couchants sur leurs têtes  

Comme des couronnes de rois!  

Les beaux vers sont de larges croix !  



__________________________________


Heimweh

Lieblich klagend - ein krystallnes Seufzen  

Aus Italiens alter Pantomime,  

Klingts herüber: wie Pierrot so holzern,  

So modern sentimental geworden.  



Und es tönt durch seines Herzens Wüste,  

Tönt gedämpft durch alle Sinne wieder,  

Lieblich klagend - ein krystallnes Seufzen  

Aus Italiens alter Pantomime.  



Da vergißt Pierrot die Trauermienen!  

Durch den bleichen Feuerschein des Mondes,  

Durch des Lichtmeers Fluten - schweift die Sehnsucht  

Kühn hinauf, empor zum Heimathimmel  

Lieblich klagend - ein krystallnes Seufzen!  




Nostalgie

Comme un doux soupir de cristal,  

L'âme des vieilles comédies  

Se plaint des allures raidies  

Du lent Pierrot sentimental.  



Dans son triste désert mental  

Résonne en notes assourdies,  

Comme un doux soupir de cristal,  

L'âme des vieilles comédies.  



Il désapprend son air fatal:  

A travers les blancs incendies  

Des lunes dans l'onde agrandies,  

Son regret vole au ciel natal,  

Comme un doux soupir de cristal.  


__________________________________


Gemeinheit!

In den blanken Kopf Cassanders,  

Dessen Schrein die Luft durchzetert,  

Bohrt Pierrot mit Heuchlermienen,  

Zärtlich - einen Schädelbohrer!  



Darauf stopft er mit dem Daumen  

Seinen echten türkischen Taback  

In den blanken Kopf Cassanders,  

Dessen Schrein die Luft durchzetert!  



Dann dreht er ein Rohr von Weichsel  

Hinten in die glatte Glatze  

Und behäbig schmaucht und pafft er  

Seinen echten türkischen Taback  

Aus dem blanken Kopf Cassanders!  


Pierrot cruel

Dans le chef poli de Cassandre,  

Qui pousse d'affreux cris de paon,  

Pierrot enfonce le trépan,  

D'un air hypocritement tendre.  



Le maryland qu'il vient de prendre,  

Sa main sournoise le répand  

Dans le chef poli de Cassandre  

Qui pousse d'affreux cris de paon.  



Il fixe un bout de palissandre  

Au crâne, et le blanc sacripant,  

A très rouges lèvres pompant,  

Fume - en chassant du doigt la cendre -  

Dans le chef poli de Cassandre !  


__________________________________

Parodie

Stricknadeln, blank und blinkend,  

In ihrem grauen Haar,  

Sitzt die Duenna murmelnd,  

Im roten Röckchen da.  



Sie wartet in der Laube,  

Sie liebt Pierrot mit Schmerzen,  

Stricknadeln, blank und blinkend,  

In ihrem grauen Haar.  



Da plötzlich - horch! - ein Wispern!  

Ein Windhauch kichert leise:  

Der Mond, der böse Spötter,  

Äfft nach mit seinen Strahlen -  

Stricknadeln, blink und blank.  


Parodie

Des aiguilles à tricoter  

Dans sa vieille perruque grise,  

La duègne, en casaquin cerise,  

Ne se lasse de marmotter.  



Sous la treille elle vient guetter  

Pierrot dont sa chair est éprise,  

Des aiguilles à tricoter  

Dans sa vieille perruque grise.  



Soudain elle entend éclater  

Les sifflets pointus de la brise :  

La lune rit de la méprise,  

Et ses rais semblent imiter  

Des aiguilles à tricoter.  


__________________________________



Der Mondfleck

Einen weißen Fleck des hellen Mondes  

Auf dem Rücken seines schwarzen Rockes,  

So spaziert Pierrot im lauen Abend,  

Aufzusuchen Glück und Abenteuer.  



Plötzlich stört ihn was an seinem Anzug,  

Er beschaut sich rings und findet richtig -  

Einen weißen Fleck des hellen Mondes  

Auf dem Rücken seines schwarzen Rockes.  



Warte! denkt er: das ist so ein Gipsleck!  

Wischt und wischt, doch - bringt ihn nicht herunter!  

Und so geht er, giftgeschwollen, weiter,  

Reibt und reibt bis an den frühen Morgen -  

Einen weißen Fleck des hellen Mondes.  


Brosseur de lune

Un très pâle rayon de lune  

Sur le dos de son habit noir,  

Pierrot-Willette sort le soir  

Pour aller en bonne fortune.  



Mais sa toilette l'importune :  

Il s'inspecte, et finit par voir  

Un très pâle rayon de lune  

Sur le dos de son habit noir.  



Il s'imagine que c'est une  

Tache de plâtre, et sans espoir,  

Jusqu'au matin, sur le trottoir,  

Frotte, le coeur gros de rancune,  

Un très pâle rayon de lune !

10.09.2009

Eine Nacht. Ein Leben (suite)

Christine Schäfer, soprano

Ensemble Intercontemporain. Pierre Boulez, direction

Pierrot Lunaire op.21 d'Arnold Schönberg

d'après les poèmes d'Albert Giraud

 

 

Der kranke Mond

       Du nächtig todeskranker Mond       
        Dort auf des Himmels schwarzem Pfühl,       
        Dein Blick, so fiebernd übergroß,       
        Bannt mich wie fremde Melodie.       
               
        An unstillbarem Liebesleid       
        Stirbst du, an Sehnsucht, tief erstickt,       
        Du nächtig todeskranker Mond       
        Dort auf des Himmels schwarzem Pfühl.       
               
        Den Liebsten, der im Sinnenrausch       
        Gedankenlos zur Liebsten schleicht,       
        Belustigt deiner Strahlen Spiel -       
        Dein bleiches, qualgebornes Blut,       
        Du nächtig todeskranker Mond.       

 

Lune malade

       O Lune, nocturne phtisique,       
       Sur le noir oreiller des cieux,       
       Ton immense regard fièvreux       
       M'attire comme une musique!       
               
       Tu meurs d'un amour chimérique,       
       Et d'un désir silencieux,       
       O Lune, nocturne phtisique,       
       Sur le noir oreiller des cieux!       
               
       Mais 'dans sa volupté physique       
       L'amant qui passe insoucieux       
       Prend pour des rayons gracieux       
       Ton sang blanc et mélancolique,       
       O Lune, nocturne phtisique!       
               
       ______________________________________       

Nacht (Passacaglia)

               
       Finstre, schwarze Riesenfalter       
       Töteten der Sonne Glanz.       
       Ein geschlossnes Zauberbuch,       
       Ruht der Horizont - verschwiegen.       
               
       Aus dem Qualm verlorner Tiefen       
       Steigt ein Duft, Erinnrung mordend!       
       Finstre, schwarze Reisenfalter       
       Töteten der Sonne Glanz.       
               
       Und vom Himmel erdenwärts       
       Senken sich mit schweren Schwingen       
       Unsichtbar die Ungetume       
       Auf die Menschenherzen nieder...       
       Finstre, schwarze Riesenfalter.       

Papillons noirs

       De sinistres papillons noirs       
       Du soleil ont éteint la gloire,       
       Et l'horizon semble un grimoire       
       Barbouillé d'encre tous les soirs.       
               
       Il sort d'occultes encensoirs       
       Un parfum troublant la mémoire;       
       De sinistres papillons noirs       
       Du soleil ont éteint la gloire.       
               
       Des monstres aux gluants suçoirs       
       Recherchent du sang pour le boire,       
       Et du ciel, en poussière noire,       
       Descendent sur nos désespoirs.       
       De sinistres papillons noirs.       
               
               
        ______________________________________

Gebet an Pierrot

        Pierrot! Mein Lachen       
        Hab ich verlernt!       
        Das Bild des Glanzes       
        Zerfloß - Zerfloß!       
               
        Schwarz weht die Flagge       
        Mir nun vom Mast.       
        Pierrot! Mein Lachen       
        Hab ich verlernt!       
               
        O gieb mir wieder,       
        Roßarzt der Seele,       
        Schneemann der Lyrik,       
        Durchlaucht vom Monde,       
        Pierrot - mein Lachen!       
               

Supplique

       Pierrot! Le ressort du rire,       
       Entre mes dents je l'ai cassé:       
       Le clair décor s'est effacé       
       Dans un mirage à la Shakspeare.       
               
       Au mât de mon triste navire       
       Un pavillon noir est hissé:       
       O Pierrot! Le ressort du rire,       
       Entre mes dents je l'ai cassé.       
               
       Quand me rendras-tu, porte-lyre,       
       Guérisseur de l'esprit blessé,       
       Neige adorable du passé,       
       Face de Lune, blanc messire,       
       O Pierrot! le ressort du rire?       
       
______________________________________

Raub

       Rote, fürstliche Rubine,       
       Blutge Tropfen alten Ruhmes,       
       Schlummern in den Totenschreinen,       
       Drunten in den Grabgewolben.       
               
       Nachts, mit seinen Zechkumpanen,       
       Steigt Pierrot hinab - zu rauben       
       Rote, fürstliche Rubine,       
       Blutge Tropfen alten Ruhmes.       
               
       Doch da - strauben sich die Haare,       
       Bleiche Furcht bannt sie am Platze:       
       Durch die Finsternis - wie Augen! -       
       Stieren aus den Totenschreinen       
       Rote, fürstliche Rubine.       
               

Pierrot voleur

       Les rouges rubis souverains,       
       Injectés de meurtre et de gloire,       
       Sommeillent au creux d'une-armoire       
       Dans l'horreur des longs souterrains.       
               
       Pierrot, avec des malandrins,       
       Veut ravir un jour, après boire,       
       Les rouges rubis souverains,       
       Injectés de meurtre et de gloire.       
               
       Mais la peur hérisse leurs crins:       
       Parmi le velours et la moire,       
       Comme des yeux dans l'ombre noire,       
       S'enflamment du fond des écrins       
       Les rouges rubis souverains!       
               
       ______________________________________

Rote Messe

       Zu grausem Abendmahle,       
       Beim Blendeglanz des Goldes,       
       Beim Flackerschein der Kerzen,       
       Naht dem Altar - Pierrot!       
               
       Die Hand, die gottgeweihte,       
       Zerreißt die Priesterkleider       
       Zu grausem Abendmahle,       
       Beim Blendeglanz des Goldes       
               
       Mit segnender Geberde       
       Zeigt er den bangen Seelen       
       Die triefend rote Hostie:       
       Sein Herz - in blutgen Fingern -       
       Zu grausem Abendmahle!       
               
               

Messe rouge

       Pour la cruelle Eucharistie,       
       Sous l'éclair des ors aveuglants       
       Et des cierges aux feux troublants,       
       Pierrot sort de la sacristie.       
               
       Sa main, de la Grâce investie,       
       Déchire ses ornements blancs,       
       Pour la cruelle Eucharistie,       
       Sous l'éclair des ors aveuglants,       
               
       Et d'un grand geste d'amnistie       
       Il montre aux fidèles tremblants       
       Son coeur entre ses doigts sanglants,       
       - Comme une horrible et rouge hostie       
       Pour la cruelle Eucharistie.      

Galgenlied

Die dürre Dirne

Mit langem Halse

Wird seine letzte

Geliebte sein.


In seinem Hirne

Steckt wie ein Nagel

Die dürre Dirne

Mit langem Halse.


Schlank wie die Pinie,

Am Hals ein Zöpfchen -

Wollüstig wird sie

Den Schelm umhalsen,

Die dürre Dirne!


La chanson de potence

La maigre amoureuse au long cou  

Sera la dernière maîtresse  

De ce traîne-jambe en détresse,  

De ce songe-d'or sans le sou.  



Cette pensée est comme un clou  

Qu'en sa tête enfonce l'ivresse :  

La maigre amoureuse au long cou  

Sera sa dernière maîtresse.  



Elle est svelte comme un bambou ;  

Sur sa gorge danse une tresse,  

Et, d'une étranglante caresse,  

Le fera jouir comme un fou,  

La maigre amoureuse au long cou.

25.07.2009

Eine Nacht. Ein Leben (à suivre)

Christine Schäfer, soprano

Ensemble Intercontemporain. Pierre Boulez, direction

Pierrot Lunaire op.21 d'Arnold Schönberg

d'après les poèmes d'Albert Giraud

 

 

Mondestrunken

   Den Wein, den man mit Augen trinkt,
Gießt Nachts der Mond in Wogen nieder,
Und eine Springflut überschwemmt
Den stillen Horizont.

Gelüste schauerlich und süß,
Durchschwimmen ohne Zahl die Fluten!
Den Wein, den man mit Augen trinkt,
Gießt Nachts der Mond in Wogen nieder.

Der Dichter, den die Andacht treibt,
Berauscht sich an dem heilgen Tranke,
Gen Himmel wendet er verzückt
Das Haupt und taumelnd saugt und schlürft er
Den Wein, den man mit Augen trinkt.


Ivresse de Lune

    
Le vin que l'on boit par les yeux
A flots verts de la Lune coule,
Et submerge comme une houle
Les horizons silencieux.

De doux conseils pernicieux
Dans le philtre nagent en foule:
Le vin que l'on boit par les yeux
A flots verts de la Lune coule.

Le Poète religieux
De l'étrange absinthe se soûle,
Aspirant, - jusqu'à ce qu'il roule,
Le geste fou, la tête aux cieux, -
Le vin que l'on boit par les yeux!


Des Mondlichts bleiche Bluten

   Des Mondlichts bleiche Bluten,
Die weißen Wunderrosen,
Blühn in den Julinachten -
O brach ich eine nur!

Mein banges Leid zu lindern,
Such ich am dunklen Strome
Des Mondlichts bleiche Blüten,
Die weißen Wunderrosen.

Gestillt war all mein Sehnen,
Dürft ich so märchenheimlich,
So selig leis - entblättern
Auf deine brauenen Haare
Des Mondlichts bleiche Blüten!

À Colombine

    Les fleurs pâles du clair de Lune,
Comme des roses de clarté,
Fleurissent dans les nuits d'été:
Si je pouvais en cueillir une!

Pour soulager mon infortune,
Je cherche, le long du Léthé,
Les fleurs pâles du clair de Lune
Comme des roses de clarté.

Et j'apaiserai ma rancune,
Si j'obtiens du ciel irrité
La chimérique volupté
D'effeuiller sur ta toison brune
Les fleurs pâles du clair de Lune!



Der Dandy

     Mit einem phantastischen Lichtstrahl
Erleuchtet der Mond die krystallnen Flacons
Auf dem schwarzen, hochheiligen Waschtisch
Des schweigenden Dandys von Bergamo.

In tönender, bronzener Schale
Lacht hell die Fontaine, metallischen Klangs.
Mit einem phantastischen Lichtstrahl
Erleuchtet der Mond die krystallnen Flacons.

Pierrot mit dem wächsernen Antlitz
Steht sinnend und denkt: wie er heute sich schminkt?
Fort schiebt er das Rot und das Orients Grün
Und bemalt sein Gesicht in erhabenem Stil
Mit einem phantastischen Mondstrahl.

Pierrot Dandy

    D'un rayon de lune fantasque
Luisent les flacons de cristal
Sur le lavabo de santal
Du pâle dandy bergamasque.

La fontaine rit dans sa vasque
Avec un son clair de métal.
D'un rayon de Lune fantasque
Luisent les flacons de cristal.

Mais le seigneur à blanche basque,
Laissant le rouge végétal
Et le fard vert oriental
Maquille étrangement son masque
D'un rayon de Lune fantasque.


Eine blasse Wäscherin

    Eine blasse Wäscherin
Wäscht zur Nachtzeit bleiche Tücher;
Nackte, silberweiße Arme
Streckt sie nieder in die Flut.

Durch die Lichtung schleichen Winde,
Leis bewegen sie den Strom.
Eine blasse Wäscherin
Wäscht zur Nachtzeit bleiche Tücher.

Und die sanfte Magd des Himmels,
Von den Zweigen zart umschmeichelt,
Breitet auf die dunklen Wiesen
ihre lichtgewobnen Linnen -
Eine blasse Wäscherin.

Lune au Lavoir

    Comme una pâle lavandière,
Elle lave ses failles blanches,
Ses bras d'argent hors de leurs manches,
Au fil chantant de la riviére

Les vents a travers la clairière
Soufflent dans leurs flutes sans anches.
Comme une pale lavandière
Elle lave failles blanches

La céleste et douce ouvrière
Nouant sa jupe sur ses hanches,
Sous le baiser frôlant des branches,
Étend son linge de lumière,
Comme une pâle lavandière.



Valse de Chopin

    Wie ein blasser Tropfen Bluts
Färbt die Lippen einer Kranken,
Also ruht auf diesen Tönen
Ein vernichtungssüchtger Reiz.

Wilder Lust Accorde stören
Der Verzweiflung eisgen Traum -
Wie ein blasser Tropfen Bluts
Färbt die Lippen einer Kranken.

Heiß und jauchzend, süß und schmachtend,
Melancholisch düstrer Walzer,
Kommst mir nimmer aus den Sinnen!
Haftest mir an den Gedanken,
Wie ein blasser Tropfen Bluts!

Valse de Chopin

    Comme un crachat sanguinolent,
De la bouche d'une phtisique,
Il tombe de cette musique
Un charme morbide et dolent.

Un son rouge - du rêve blanc
Avive la pâle tunique,
Comme un crachat sanguinolent
De la bouche d'une phtisique.

Le thème doux et violent
De la valse mélancolique
Me laisse une saveur physique,
Un fade arrière-goût troublant,
Comme un crachat sanguinolent.


Madonna

    Steig, o Mutter aller Schmerzen,
Auf den Altar meiner Verse!
Blut aus deinen magren Brusten
Hat des Schwertes Wut vergossen.

Deine ewig frischen Wunden
Gleichen Augen, rot und offen.
Steig, o Mutter aller Schmerzen,
Auf den Altar meiner Verse!

In den abgezehrten Händen
Hältst du deines Sohnes Leiche.
Ihn zu zeigen aller Menschheit -
Doch der Blick der Menschen meidet
Dich, o Mutter aller Schmerzen!

Évocation

    Madone des Hystéries !
Monte sur l'autel de mes vers,
La fureur du glaive à travers
Tes maigres mamelles taries.

Tes blessures endolories
Semblent de rouges yeux ouverts:
O Madone des Hystéries!
Monte sur l'autel de mes vers.

De tes longues mains appauvries,
Tends à l'incrédule univers
Ton Fils aux membres déjà verts,
Aux chairs tombantes et pourries,
O Madone des Hystéries!
    

    

    
    

    

12.05.2009

Empêcher que soit piétinée l'humanité de l'autre

 

 

07.01.2009

Lisa Della Casa - l'amour d'une diva - Partie 8/8

06.01.2009

Lisa Della Casa - l'amour d'une diva - Partie 7/8

30.12.2008

Lisa Della Casa - l'amour d'une diva - Partie 6/8

28.12.2008

Lisa Della Casa - l'amour d'une diva - Partie 5/8

26.12.2008

Lisa Della Casa - l'amour d'une diva - Partie 4/8

24.12.2008

Lisa Della Casa - l' amour d'une diva - Partie 3/8

22.12.2008

Lisa Della Casa - l' amour d'une diva - Partie 2/8

18.12.2008

Lisa Della Casa - l' amour d'une diva - Partie 1/8

Merveilleuse Lisa Della Casa !

20.11.2008

Suspiros de España

Il s'appelait Antonio. Il avait mon age, nous étions adolescents. Maintes fois il m'avait expliqué avec retenue et pudeur, comme pour justifier l'hispanité de son prénom,  que son grand-père, républicain, avait du fuir jadis sa ville natale de Zaragoza.

Il y a exactement trente trois ans, le jeudi 20 Novembre 1975, il nous invita à déguster une bouteille de Codorníu !

Ce jour-là, en même temps que disparaissait Franco, se levaient les nuages noirs qui obscurcissaient les cœurs de générations de réfugiés et de leur descendance...

Diego El Cigala : "Suspiros de España"

 

08.11.2008

le génie de Johann Sebastian BACH...

... et la magnifique voix flutée de Magdalena Kozena

 

Johann Sebastian BACH, Cantate BWV 30: "Kommt ihr angefochtnen Sünder"

29.07.2008

Quelques instants

Quelques instants de délice avec Harold Land
Découvrez Harold Land Sextet!

19.07.2008

Ô quelle obscurité !

Beethoven
Fidelio op 72
"Gott ! Welch Dunkel hier !"
Placido Domingo
 
 
 
  nota : cette version n'est peut-être pas la plus convaincante du point de vue artistique, je l'ai choisie pour les sous-titres