20.04.2008

Bayrou et Aimé Césaire

Emu par la disparition le 17 avril d' Aimé Césaire et impressionné par l' hommage unanime de la classe politique toutes tendances confondues, dès la nouvelle apprise,  je  me mis à lire les témoignages qui affluaient. Tous les acteurs (et actrices !) majeurs de la société française s'étaient déjà exprimés.

Mais dans cette liste, nulle trace de François Bayrou - en fait il réagira ultérieurement avec une louange appuyée parlant (tout comme je l'ai fait) d'homme debout, évoquant les grandes valeurs que représentait Aimé Césaire.

Comment, me dis-je sur le moment, comment se pourrait-il que François Bayrou qui se prétend chantre de la liberté, de l'humanisme, du parler-vrai ait pu oublier de saluer la mémoire du poète ?  Il a probablement réagi, pensais-je, et l'information n'a pas été retransmise par les media. Les militants se plaignent souvent que leur leader est tenu de côté par les milieux de l'information : alors que j'ai toujours pensé l'inverse, devrais-je leur accorder aujourd'hui qu'ils auraient raison ?

Et si je recherchais sur internet ? Il se trouvera bien un blog officiel (ou non) relayant une déclaration de Bayrou que les media nationaux auront ostracisée ?

Me voici donc tapant dans mon moteur de recherche internet "Césaire Bayrou".

Quelle ne fut pas ma surprise à la découverte de quelques liens sur lesquels je cliquais ! 

Césaire Bayrou 

Césaire Bayrou

Césaire Bayrou 

Césaire Bayrou  (voir message du 26 avril 2006 08H40) 

 

Pensant à la célèbre phrase de Jean-Pierre Chevènement : "un ministre ça ferme sa gueule ou ça démissionne", et réfléchissant au paradoxe temporel que représente une telle censure, censure accomplie par un homme qui s'affiche aujourd'hui vigoureusement comme Le chantre de la liberté d'expression et de l'indépendance de l'information, je me pose plusieurs questions :

  1. Entre la censure et l'hommage au poète, devons nous voir une évolution positive du responsable politique ? 
  2. La liberté d'expression, le droit dans l'éducation à l'accès vers une connaissance objective des formes artistiques de toutes tendances et le devoir de permettre la jouissance de ce droit  sont-elles des valeurs qui nécessitent la maturité politique, intellectuelle dont on pourrait dispenser un jeune ministre d'un peu plus de 40 ans ? La prise en conscience du caractère impérieux de ces valeurs est-elle si compliquée qu'elle exige de dépasser la cinquantaine pour qu'un responsable politique en comprenne l'enjeu ?
  3.  Selon la réponse que l'on apporte à la question précédente, puisque certains défenseurs invoquent la pression d'une majorité sur un minsitre impuissant, peut-on penser que M. Bayrou ferait partie de ces responsables politiques qui "la ferment" (donc ne démissionnent pas) alors qu'ils sont ministres pour "l'ouvrir" ensuite lorsque les échéances électorales arrivent alors qu'ils ne sont plus au pouvoir, ne risquent plus rien et n'ont donc pas à démissionner ?
  4. Est-ce une tradition qu'un ministre de la Ve république ne démissionne pas lorsque ses convictions sont remises en question par la solidarité ministérielle qui lui est imposée ? D'autres ministres n'auraient-ils pas déjà démissionné ? Ne vous semble t-il pas avoir des noms en tête ?
  5. Certains qualifient la posture politique de François Bayrou de "courageuse". Quelles sont les postures les plus courageuses : "la fermer comme ministre puis l'ouvrir quand on n'a plus rien à perdre" ? ou : "se battre de la même façon pour les convictions que l'on prétend servir, que l'on soit en poste ou non" ?

Cher Aimé Césaire,

La semaine dernière, je n'avais encore que des regrets...  Oui, ce n'étaient bien que des regrets pour cette participation enthousiaste à la création du Mouvement « Démocrate ». Regrets car il est toujours affligeant pour les braves gens de se voir proposer de vivre dans un bel édifice collectif à partir de plaquettes publicitaires alléchantes, de participer laborieusement à sa prétendue construction pour avoir enfin le sentiment que si les documents de construction sont flous, si les besogneux qui maçonnent ne voient que des ébauches parcellaires de plans, si l'ouvrage attendu  ne sort pas de terre, c'est que le magnifique immeuble collectif de plain-pied qu'on leur a vendu n'est constitué que d'une étroite cage pour un ascenseur monoplace menant à l'étage "année 2012, présidentielles" ! et qu'il convient qu'ils ne voient pas trop loin afin de ne pas les inciter à la désertion ! Tout comme ils doivent continuer à croire qu'ils travaillent pour la collectivité ! Bon... Mais finalement, lorsque les besogneux que l'on côtoie en homologues dans cette entreprise sont sympas, on se fait une raison, on se dit que le temps passé n'est pas complètement perdu. Et on a raison de raisonner ainsi.

Mais arrive hélas le moment où, à force de recevoir jour après jour une goutte amère derrière l'autre, la coupe déborde.

J'en suis là désormais.

J'ai honte aujourd'hui d'avoir pu être aveuglé par l'enthousiasme d'un beau projet de société à la tête duquel ne se trouve qu'un homme, un homme qui reproche à ses adversaires de ne pas respecter des valeurs qu'il n'a pas défendues en son temps ou qu'il a peut-être même foulées du pied.

J'ai honte aujourd'hui de n'avoir pas réagi dans ce mouvement aux nombreuses dérives dans lesquelles je n'aurais du voir qu'autocratie et dissimulation. Au mieux ai-je honte, lors de ces jours où se mélangent lucidité et espoir sur la palette multicolore de notre incompréhension, d'avoir pu penser (malgré ma déception grandissante depuis de nombreux mois) que cela pourrait peut-être changer.

J'ai honte de toutes ces belles paroles qui ne résistent pas aux assauts du temps et du besoin de vérité.J'ai honte aujourd'hui d'avoir participé à l'élaboration de ce mouvement « démocrate » et « collectif » qui ne sait que développer en son sein le culte du chef et où la seule parole transmise à l'extérieur est celle d'un unique conducteur qui, en se victimisant, reproche à ses adversaires le comportement exact qu'il a avec eux. J'ai honte de ce populisme qui devient le seul mode d'expression tant à l'intéreur qu'à l'exterieur. J'ai honte d'avoir fait partie d'une organisation tellement démocrate qu'elle ait pu susciter même chez certains de ses membres la comparaison avec un système d'une secte gouvernée par un gourou.
 
Je vous demande pardon pour cela cher Aimé Césaire, vous qui étiez un homme libre et qui n'hésitiez pas à parler. Et je vous remercie de m'avoir donné envie de parler moi aussi aujourd'hui.

Tout cela serait triste s'il ne nous restait, cher Aimé Césaire, l'espoir que votre exemple (et celui de beaucoup d'autres) fait naître en nous de nous envoler avec vos écrits, grands oiseaux emplumés de Liberté.

Dans l'exemple trouverons-nous peut-être l'énergie de rester dressés et combatifs.

La plume de ces grands volatiles de Liberté, les poèmes de Neruda, m'a chatouillé cet après midi lorsque je me suis dirigé vers mon étagère ornithologique !

Je ne pouvais que m'abreuver dans le sillon de son Chant Général et en extraire ici les vers dans le terreau éloquent de son hommage à votre frère nègre Toussaint Louverture :

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De sa douceur enchevêtrée

Haïti extrait des pétales pathétiques, 

une droiture de jardins, des édifices

de la grandeur ; la mer y berce

pareille à une aïeule noire

sa vieille dignité de peau et d'étendue.

 

Toussaint Louverture noue entre elles

l'indépendance végétale,

la majesté rivée aux chaînes

et la voix sourde des tambours,

puis il attaque, obstrue la route,

grimpe, ordonne, expulse, défie

comme un monarque naturel ;

mais dans le filet ténébreux

il tombe un jour, on le transporte

sur les mers, traîné, bousculé

comme le retour de sa race,

on le jette à la mort secrète

des sentines et des basses-fosses.

 

Mais les rochers brûlent dans l'Ile,

les branches parlent en leurs cachettes,

on se communique l'espoir,

et les murs du bastion surgissent.

La liberté est ta forêt,

mon frère sombre, garantis

ton souvenir et ta souffrance

et que les héros du passé

protègent ta magique écume.

 

 Pablo Neruda XXX Chant Général

 

Je suis à nouveau debout et redressé !

Merci Césaire, Louverture, Neruda et tous les autres ! 

Orange : c'est la couleur d'un crépuscule souvent annonciateur de lendemains pluvieux. A quoi nous servirait-il de vouloir figer ce crépuscule ? laissons veir la nuit porteuse de conseils : elle enseigne la patience et l'espoir. Bientôt, pour qui sait attendre, une aube se lèvera sur un jour enfin ensoleillé.

Nous pourrons alors reprendre à l'épaule notre baluchon rempli de nos outils et nous remettre sur le chemin de la liberté. Chemin tout au long duquel de fraîches et mûres baies attendront la cueillette de nos propres mains. Cela ne vaudra t-il pas mieux que d'ingurgiter béats et immobiles les fruits traditionnellement destinés aux prisonniers qu'un autocrate nous sert de surcroît probablement décongelés et ainsi tout desséchés ? Dame ! ils étaient congelés depuis 1967 et avaient subi plusieurs cycles de congélation-décongélation ! Dire qu'on nous garantissait leur fraîcheur !

 

 

17.04.2008

A dan dot soley

Cher Aimé Césaire,

C'en est ainsi : il fallait bien que vous finissiez par vous en aller vous aussi.

1337813021.jpgEst-ce un des traits de votre esprit libertaire qui vous a fait partir quelques jours avant le 160e anniversaire de la Révolution de 1848 et de l'abolition de l'esclavage ?

Au Panthéon des hommes de couleur dont Victor Schoelcher a permis l'ouverture de porte, vous rejoignez ceux qui comme vous avaient pour aïeux des esclaves, ou ceux qui ont servi de si belle façon cette négritude qui vous était chère. Ils s'appelaient Léon Gontran-Damas, Gaston Monnerville, Blaise Diagne, Félix Eboué, Léopold Sédar Senghor et j'en oublie bien d'autres encore. Vous partagerez avec eux cette image dans notre souvenir d' homme fier, debout, engagé, amoureux de la Liberté et des hommes.

Cher Aimé, je voudrais relire avec vous une partie de ce discours que fit Gaston Monnerville en 1948 lors de la commémoration du 100e anniversaire de l' abolition de l'esclavage et de la révolution de 1848 :

 "L'esclavage des Noirs ! Messieurs SENGHOR et CESAIRE vous ont rappelé ce qu'a été cette plaie qui souillait l'humanité. Je n'en reprendrai pas le tableau.

Cette institution jadis sacro-sainte était dans les moeurs coloniales et le Roi de France lui-même se livrait au commerce du "bois d'ébène".

Mais la sensibilité et l'instinct du peuple de France lui étaient contraires. Le peuple de France est hostile à toute négation de la liberté; et si le mérite des philosophes et des orateurs fut de diffuser par l'écrit ou la parole l'idée de l'émancipation, on peut dire qu'elle préexistait dans la sensibilité populaire. Ayant conquis la liberté par sa volonté et son propre sursaut, la masse française devait inévitablement vouloir l'étendre à tous les autres peuples asservis.

Et tel a bien été le déroulement des faits : chaque fois que le peuple français a eu la possibilité de faire entendre sa voix, il a imposé l'abolition de l'esclavage. (...)

Contre la volonté, il n'est point de fatalité.

Tout est possible à celui qui refuse la servitude.

C'est la leçon exaltante qui se dégage de l'exemple même d'un homme comme Victor SCHOELCHER. C'est celle dont nous, hommes de couleur, venant de tous les horizons d'Outre-Mer, voulons nous inspirer sans cesse, car elle nous montre qu'une volonté tenace, mise au service de la raison et d'un haut idéal, est susceptible de changer la face du monde.

Elle a été notre guide aux heures où là le fanatisme bestial menaçait d'éteindre les lumières de l'esprit et où avec la France, risquait de sombrer la Liberté.

C'est elle qui brillait au front de ces hommes d'Outre-Mer qui, répondant au geste historique de leur congénère Félix EBOUE partirent pour la croisade de la libération, (...)  et, versant le meilleur de leur sang sur la terre d'Alsace et devant Colmar même, libéraient à leur tour le berceau de leur libérateur. Voilà la leçon et la justification de Victor SCHOELCHER. Ces fils d'affranchis se jetèrent dans la lutte, non pas comme des mercenaires sans âme, mais comme des hommes qui, depuis SCHOELCHER et grâce à SCHOELCHER, ont compris qu'il n'est pas au monde de bien supérieur à la Liberté.(...)

Alors, à ceux qui douteraient encore, à ceux qui s'attarderaient à s'interroger sur l'opportunité du grand geste que fut l'émancipation des esclaves et leur appel à la citoyenneté, à ceux qui, pendant longtemps, ont souri de la « naïveté » des révolutionnaires de 1848 et de leurs utopies, nous qui avons médité tant sur l'acte que sur les mobiles du grand abolitionniste, nous qui avons perçu la résonance profonde qu'il a eue dans l'esprit de tous les citoyens du monde, nous crierons de toute notre foi, du plus profond de notre être reconnaissant:

"Oui, Victor SCHOELCHER avait raison"."

Cher Aimé Césaire, votre exemple, comme celui des hommes que vous rejoignez dans nos mémoires, sera un encouragement à nous tenir debouts et à participer humblement à la continuation de votre action : contre l'oppression des peuples, contre le (neo)colonialisme,... pour construire un humanité libertaire, libre, égalitaire où regnera l'égalité par la fraternité au delà des obstacles que les sectarismes et les racismes cherchent à dresser entre les hommes, au delà de la pigmentation de nos épidermes.

A dan dot soley...

(au revoir...) 

 

Participez à la signature de la pétition : Césaire au Panthéon 

(nota : votre pétition est déjà enregistrée lorsqu'apparaît la page de demande de donation pour l'hébergeur de la pétition, donation que vous n'êtes pas obligés de satisfaire) 

15.04.2008

François Bayrou : conférence de presse du 14 avril 2008

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A la suite des déclarations de presse selon lesquelles une répugnante cellule "anti-bayrou" pourrait être pilotée depuis l' Elysée, François Bayrou, le magnanime, infaillible et héroïque Président de l' éternel Mouvement Démocrate, fort de l'appui de ses valeureux et estimables militants qui l'entoureront jusqu'à la victoire finale, promet le renforcement de sa politique démocrate éclairée au sein de son flamboyant parti et proclame de toute sa bravoure :

"Je le dis aux adhérents qui ont fait le Mouvement démocrate : c’est maintenant à vous de vous exprimer. C’est votre détermination qui fera tranquillement échec à toutes les manœuvres, d’où qu’elles viennent. Je vous appelle à exprimer votre conviction, à prendre à votre tour les choses en main."

14.04.2008

révolution orange

Au sein des militants du Modem, la mobilisation prend de l'ampleur. Les nouvelles selon lesquelles une cellule anti-bayrou et anti-modem serait mise en place par l' Elysée galvanise les troupes. Les forumeurs du Modem déterrent la hache de guerre :

"Nicolas Sarkozy aime à s'entourer de tous les intendants; l'aboutissement de ce dispositif est une véritable mise au pas du "royaume"; Avec les guerres comme en Afghanistan, les sièges comme à Pau, le voilà aimant la chasse à cour... la chasse au MoDem. Parti llibre, indépendant et identifiable par sa couleur ORANGE..... tout ce qu'il n'aime pas ! Alors la chasse est lancée. C'est sans compter sur la résistance qui se met en place. Non, Majestée, ce ne sera pas une révolte ... mais une révolution, une révolution Orange." affirme un premier en s'insurgeant

"Que de magouilles pour abattre François Bayrou. Et nous sommes en France ? Eliminer FB est une obsession chez le roi. Je crois qu'il a raison de s'inquiéter, FB représente un réel et peut être le seul danger pour le siège de président. FB, continuez, résistez, tenez bon, les militants sont derrière vous. (...) organisons une merche orange en soutien avec la liberté de la démocratie (car c'est bien ça qui est en danger avec ces manoeuvres politiques) et de François bayrou. C'est peut être le moment le plus difficile, c'est dans ces moments que l'on voit les vrais amis, les autres quittent le navire."  déclare un autre. Les réactons sont vives, partout les internautes scandent leurs Hakas.

 

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Les révolutions inattendues sont souvent les plus violentes. Que pourrait nous réserver ce soulèvement bayrouiste ? Que se passerait-il si, en remerciement à François Bayrou pour son aide précieuse aux municipales, les révolutionnaires notoires Alain Juppé et Xavier Darcos se joignaient à cette terrible révolution ? Il y a eu la révolution des oeillets, la révolution de velours, la révolution du Cèdre, la révolution des Tulipes, la révolution tranquille... Du fait de la coalition des trois hommes, comment les historiens pourraient-ils qualifier plus tard celle-ci ? La révolution des... réactionnaires ?

13.04.2008

valeureux membres du Modem

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10.04.2008

Comité de liaison de la majorité

D'après le site officiel du Mouvement Démocrate

"François Bayrou a réprouvé mercredi le "comité de liaison" de la majorité annoncé par l'Elysée, y voyant un "réseau de cuisine politique. Ce n'est pas la fonction du président de la République d'être un animateur des partis politiques", a-t-il déclaré à la presse dans les couloirs de l'Assemblée. "La fonction du président devrait être au-dessus des partis, il ne devrait pas être un des acteurs. Le MoDem n'est pas englué dans ce réseau de cuisine politique de la majorité", a-t-il affirmé. "Les militants du MoDem sont libres et indépendants".

 

Ne nous inquiétons pas pour François Bayrou : bien que persona non grata dans ce comité, il sera vraisemblablement informé par Xavier Darcos ou Alain Juppé de ce qui s'y dit ... Peut-être même ces deux derniers pourront-ils en être les porte-parole ?

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d'après Greco :"Bayrou chassant les marchands UMP du temple de la démocratie" 

 

 

 

09.04.2008

le sermon

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François Bayrou s'adressant aux militants du modem :

"Beaucoup de gens attendent une action fondée sur des convictions, et non sur des compromissions (...) La fascination individuelle pour le pouvoir joue un rôle, mais les institutions favorisent aussi des attitudes de servilité. Nous avons besoin d’institutions qui poussent à la liberté d’esprit, au courage, aux convictions"

08.04.2008

Bayrou et la motion de censure de la gauche

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"Le devoir d’un député, c’est de défendre les Français. `
C’est un comportement politique nouveau,
pour dire oui quand les décisions sont justes,
mais pour dire non quand elles sont injustes ou mal
orientées."

François Bayrou

 

De quel côté le "mais si" va t-il pencher ? De quel côté est la justice ? du côté du Oui ? du Non ?

 

04.04.2008

encore des moutons

Alain (Émile Chartier) (1925)

 

 

Éléments

 

d’une

 

Doctrine radicale
 
       Encore des moutons
 

Poursuivant mes études de la politique moutonnière, où je suis entré en suivant Platon, je venais à comprendre que les moutons ont un grand pouvoir sur le berger, et presque sans limite. Car si les moutons maigrissent, ou si seulement leur laine frise mal, voilà que le berger est malheureux, et sans aucune hypocrisie. Que sera-ce si les moutons se mettent à mourir ? Aussitôt le berger de chercher les causes, d'enquêter sur l'herbe, sur l'eau et sur le chien. On dit que le berger aime son chien, qui est comme son ministre de la police ; mais il aime encore bien mieux ses moutons. Et s'il est prouvé qu'un chien, par trop mordre, ou par trop aboyer, enfin par une humeur de gronder toujours, enlève à ses administrés appétit de manger, d'aimer et de vivre, le berger noiera son chien. C'est une manière de dire que les opinions du troupeau font loi aux yeux du berger, même les plus folles ; et le berger ne s'arrêtera point à dire que les moutons sont bien stupides, mais il s'appliquera aussitôt à les contenter, remarquant le vent, qu'ils aiment, coin,mont ils s'arrangent du soleil, quels bruits ils redoutent, et quelle odeur les jette en panique.

 

C'est pourquoi le berger ne serait nullement hypocrite s'il parlait en ces termes à ses moutons : « Messieurs les moutons, qui êtes mes amis, mes sujets, et mes maîtres, ne croyez pas que je puisse avoir sur l'herbe ou sur le vent d'autres opinions que les vôtres ; et si l'on dit que je vous gouverne, entendez-le de cette manière, que j'attache plus de prix à vos opinions que vous-mêmes ne faites, et qu'ainsi je les garde dans ma mémoire, afin de vous détourner de les méconnaître, soit par quelque entraînement, soit par l'heureuse frivolité qui est votre lot. Vous n'avez qu'à signifier, dans chaque cas, ce qui vous plaît et ce qui vous déplaît, et ensuite n'y plus penser. Je suis votre mémoire et je suis votre prévoyance, qu'on dit plus noblement providence. Et si je vous détourne de quelque action qui pourrait vous réduire, comme de brouter l'herbe mouillée ou de dormir au soleil, c'est que je suis assuré que vous la regretteriez. Vos volontés règnent sur la mienne ; mais c'est trop peu dire, je n'ai de volonté que la vôtre, et enfin je suis à vous ».

 

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Ce discours est vrai et vérifié. Ainsi qui voudrait instituer le suffrage universel chez les moutons, par quoi le berger pût être contrôlé et redressé continuellement, s'entendrait répondre que ce contrôle et redressement va de soi, et définit le constant rapport entre le troupeau et le berger. Imaginez maintenant que les moutons s'avisent de vouloir mourir de vieillesse. Ne seraient-ce pas alors les plus ingrats et les plus noirs moutons ? Une revendication aussi insolite serait-elle seulement examinée ? Trouverait-on dans le droit moutonnier un seul précédent ou quelque principe ce rapportant à une thèse si neuve ? Je gage que le chien, ministre de la police, dirait au berger : « Ces moutons ne disent point ce qu'ils veulent dire ; et cette folle idée signifie qu'ils ne sont pas contents de l'herbe ou de l'étable. C'est par là qu'il faut chercher. »

 

 

12 mai 1923.

 

l'ouvrage complet est accessible au format éléctronique sur le site de l' Université du Québec à Chicoutimi :

Alain, Elements de doctrine radicale

 

01.04.2008

Des moutons

Alain (Émile Chartier) (1925)

 

 

Éléments

 

d’une

 

Doctrine radicale

 

       Des moutons

 

Le mouton est mal placé pour juger ; aussi voit-on que le berger de moutons marche devant, et que les moutons se pressent derrière lui ; et l'on voit bien qu'ils croiraient tout perdu s'ils n'entendaient plus le berger, qui est comme leur dieu. J'ai entendu conter que les moutons que l'on mène à la capitale pour y être égorgés meurent de chagrin dans le voyage, s'ils ne sont pas accompagnés par leur berger ordinaire. Les choses sont ainsi par la nature, car il est vrai que le berger pense beau­coup aux moutons et au bien des moutons ; les choses ne se gâtent qu'à l'égorgement ; mais c'est chose prompte, séparée, et qui ne change point les sentiments.

 

Les mères brebis expliquent cela aux agneaux, enseignant la discipline mouton­nière, et les effrayant du loup. Et encore plus les effrayant du mouton noir, s'il s'en trouve, qui voudrait expliquer que le plus grand ennemi du mouton c'est justement le berger. « Qui donc a soin de vous ? Qui vous abrite du soleil et de la pluie ? Qui règle son pas sur le vôtre afin que vous puissiez brouter à votre gré ? Qui va chercher à grande fatigue la brebis perdue ? Qui la rapporte dans ses bras ? Pour un mouton mort de maladie, j'ai vu pleurer cet homme dur. Oui je l'ai vu pleurer. Le jour qu'un agneau fut mangé par le loup, ce fut une belle colère, et le maître des bergers, providence supérieure et invisible, lui-même s'en mêla. Il fit serment que l'agneau serait vengé. Il y eut une guerre contre les loups, et cinq têtes de loups clouées aux portes de l'étable, pour un -seul agneau. Pourquoi chercher d'autres preuves ? Nous sommes ses membres et sa chair. Il est notre force et notre bien. Sa pensée est notre pensée ; sa volonté est notre volonté. C'est pourquoi, mon fils agneau, tu te dois à toi-même de surmonter la difficulté d'obéir, ainsi que l'a dit un savant mouton. Réfléchis donc, et juge-toi. Par quelles belles raisons voudrais-tu désobéir ? Une touffe fleurie ? Ou bien le plaisir d'une gambade ? Autant dire que tu te laisserais gouverner par ta langue ou par tes jambes indociles. Mais non. Tu comprends assez que, dans un agneau bien gouverné, et qui a ambition d'être un vrai mouton, les jambes ne font rien contre le corps tout entier. Suis donc cette idée ; parmi les idées moutonnières, il n'y en a peut-être pas une qui marque mieux le génie propre au vrai mouton. Sois au troupeau comme ta jambe est à toi ».

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Troupeau de moutons surpris par l’orage (1839) d’Eugène Verboeckhoven.
 

L'agneau suivait donc ces idées sublimes, afin de se raffermir sur ses pattes ; et il avait grand besoin d'être raffermi, car il était environné d'une odeur de sang, et il ne pouvait faire autrement qu'entendre des gémissements bientôt interrompus ; enfin il pressentait quelque chose d'horrible. Mais que craindre sous un bon maître, et quand on n'a rien fait que par ses ordres ? Que craindre lorsque l'on voit le berger avec son visage ordinaire, et tranquille ainsi qu'au pâturage ? À quoi se fier, si l'on ne se fie à cette longue suite d'actions qui sont toutes des bienfaits ? Quand le bienfaiteur, quand le défenseur reste en paix, que pourrait-on craindre ? Et même si l'agneau se trouve couché sur une table sanglante, il cherche encore des yeux le bienfaiteur, et le voyant tout près de lui, attentif à lui, il trouve dans son cœur d'agneau tout le courage pos­sible. Alors passe le couteau ; alors est effacée la solution, et en même temps le problème.

 

 

Le 13 avril 1923.

 

 

l'ouvrage complet est accessible au format éléctronique sur le site de l' Université du Québec à Chicoutimi :

Alain, Elements de doctrine radicale 

 

 

Avril


Déjà les beaux jours, - la poussière,
Un ciel d'azur et de lumière,
Les murs enflammés, les longs soirs ; -
Et rien de vert : - à peine encore
Un reflet rougeâtre décore
Les grands arbres aux rameaux noirs !

Ce beau temps me pèse et m'ennuie.
- Ce n'est qu'après des jours de pluie
Que doit surgir, en un tableau,
Le printemps verdissant et rose,
Comme une nymphe fraîche éclose
Qui, souriante, sort de l'eau.

 

Gérard de Nerval 


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Nymphes au bois
 

 

29.03.2008

Pensée du jour - 29 mars 2008

 

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"Tu as rejeté les pierres de ton jardin dans le jardin des autres, et, pour y ajouter tu as démoli un peu de ton mur"

Jules Renard 

28.03.2008

pensée du jour - 28 mars 2008

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"Il existe quelqu'un de pire que le bourreau, c'est son valet"

Mirabeau 

26.03.2008

pensée du jour - 26 mars 2008

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"La République doit se construire sans cesse car nous la concevons éternellement révolutionnaire, à l’encontre de l’inégalité, de l’oppression, de la misère, de la routine, des préjugés, éternellement inachevée tant qu’il reste des progrès à accomplir."

Pierre Mendès France 

20.03.2008

pensée du jour - 20 mars 2008

 

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"Si tu ne connais pas le village, tu y épouses la sorcière"

Proverbe baoulé

19.03.2008

pensée du jour - 19 mars 2008

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Résistance et obéissance, voilà les deux vertus du citoyen. Par l'obéissance, il assure l'ordre ; par la résistance, il assure la liberté.

Emile Chartier, dit Alain 

15.03.2008

Pensée du jour - 15 mars 2008

 

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"La docilité n'enseigne pas la confiance."

Liliane Goulet et Pauline Levesque
Extrait d' "En remuant dans le sable de ma cour"

14.03.2008

Pensée du jour - 14 mars 2008

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"On veut la liberté aussi longtemps qu'on n'a pas la puissance ; mais si on a la puissance, on veut la suprématie."

Friedrich Nietzsche 

13.03.2008

Pensée du jour - 13 mars 2008

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"Celui qui veut nager dans l'océan de vérité, doit se réduire à zéro"
Gandhi
 

12.03.2008

Candide

Pour l'agrément de tous, dans une actualité torride, voici un extrait rafraichissant du Candide de Voltaire.

CHAPITRE QUATRIEME : COMMENT CANDIDE RENCONTRA SON ANCIEN MAÎTRE DE PHILOSOPHIE, LE DOCTEUR PANGLOSS, ET CE QUI EN ADVINT 

 

761225567.jpg Candide, plus ému encore de compassion que d'horreur, donna à cet épouvantable gueux les deux florins qu'il avait reçus de son honnête anabaptiste Jacques. Le fantôme le regarda fixement, versa des larmes, et sauta à son cou. Candide, effrayé, recule. « Hélas ! dit le misérable à l'autre misérable, ne reconnaissez-vous plus votre cher Pangloss ? -- Qu'entends-je ? Vous, mon cher maître ! vous, dans cet état horrible ! Quel malheur vous est-il donc arrivé ? Pourquoi n'êtes-vous plus dans le plus beau des châteaux ? Qu'est devenue Mlle Cunégonde, la perle des filles, le chef d'oeuvre de la nature ? -- Je n'en peux plus », dit Pangloss. Aussitôt Candide le mena dans l'étable de l'anabaptiste, où il lui fit manger un peu de pain ; et quand Pangloss fut refait : « Eh bien ! lui dit-il, Cunégonde ? -- Elle est morte », reprit l'autre. Candide s'évanouit à ce mot ; son ami rappela ses sens avec un peu de mauvais vinaigre qui se trouva par hasard dans l'étable. Candide rouvre les yeux. « Cunégonde est morte ! Ah ! meilleur des mondes, où êtes-vous ? Mais de quelle maladie est-elle morte ? ne serait-ce point de m'avoir vu chasser du beau château de monsieur son père à grands coups de pied ? -- Non, dit Pangloss ; elle a été éventrée par des soldats bulgares, après avoir été violée autant qu'on peut l'être ; ils ont cassé la tête à monsieur le baron qui voulait la défendre ; madame la baronne a été coupée en morceaux ; mon pauvre pupille, traité précisément comme sa soeur ; et quant au château, il n'est pas resté pierre sur pierre, pas une grange, pas un mouton, pas un canard, pas un arbre ; mais nous avons été bien vengés, car les Abares en ont fait autant dans une baronnie voisine qui appartenait à un seigneur bulgare. »

A ce discours, Candide s'évanouit encore ; mais revenu à soi, et ayant dit tout ce qu'il devait dire, il s'enquit de la cause et de l'effet, et de la raison suffisante qui avait mis Pangloss dans un si piteux état. « Hélas ! dit l'autre, c'est l'amour ; l'amour, le consolateur du genre humain, le conservateur de l'univers, l'âme de tous les êtres sensibles, le tendre amour. -- Hélas ! dit Candide, je l'ai connu, cet amour, ce souverain des coeurs, cette âme de notre âme ; il ne m'a jamais valu qu'un baiser et vingt coups de pied au cul. Comment cette belle cause a-t-elle pu produire en vous un effet si abominable ? »

Pangloss répondit en ces termes : « O mon cher Candide ! vous avez connu Paquette, cette jolie suivante de notre auguste baronne ; j'ai goûté dans ses bras les délices du paradis, qui ont produit ces tourments d'enfer dont vous me voyez dévoré ; elle en était infectée, elle en est peut-être morte. Paquette tenait ce présent d'un cordelier très savant, qui avait remonté à la source ; car il l'avait eue d'une vieille comtesse, qui l'avait reçue d'un capitaine de cavalerie, qui la devait à une marquise, qui la tenait d'un page, qui l'avait reçue d'un jésuite, qui, étant novice, l'avait eue en droite ligne d'un des compagnons de Christophe Colomb. Pour moi, je ne la donnerai à personne, car je me meurs.

-- Ô Pangloss ! s'écria Candide, voilà une étrange généalogie ! n'est-ce pas le diable qui en fut la souche ? -- Point du tout, répliqua ce grand homme ; c'était une chose indispensable dans le meilleur des mondes, un ingrédient nécessaire ; car si Colomb n'avait pas attrapé, dans une île de l'Amérique, cette maladie qui empoisonne la source de la génération, qui souvent même empêche la génération, et qui est évidemment l'opposé du grand but de la nature, nous n'aurions ni le chocolat ni la cochenille ; il faut encore observer que jusqu'aujourdh'ui, dans notre continent, cette maladie nous est particulière, comme la controverse. Les Turcs, les Indiens, les Persans, les Chinois, les Siamois, les Japonais, ne la connaissent pas encore ; mais il y a une raison suffisante pour qu'ils la connaissent à leur tour dans quelques siècles. En attendant, elle a fait un merveilleux progrès parmi nous, et surtout dans ces grandes armées composées d'honnêtes stipendiaires, bien élevés, qui décident du destin des États ; on peut assurer que, quand trente mille hommes combattent en bataille rangée contre des troupes égales en nombre, il y a environ vingt mille vérolés de chaque côté.
 
-- Voilà qui est admirable, dit Candide, mais il faut vous faire guérir. -- Et comment le puis- je ? dit Pangloss ; je n'ai pas le sou, mon ami ; et dans toute l'étendue de ce globe, on ne peut ni se faire saigner ni prendre un lavement sans payer, ou sans qu'il y ait quelqu'un qui paye pour nous. »

Ce dernier discours détermina Candide ; il alla se jeter aux pieds de son charitable anabaptiste Jacques, et lui fit une peinture si touchante de l'état où son ami était réduit que le bonhomme n'hésita pas à recueillir le docteur Pangloss ; il le fit guérir à ses dépens. Pangloss, dans la cure, ne perdit qu'un oeil et une oreille. Il écrivait bien et savait parfaitement l'arithmétique. L'anabaptiste Jacques en fit son teneur de livres. Au bout de deux mois, étant obligé d'aller à Lisbonne pour les affaires de son commerce, il mena dans son vaisseau ses deux philosophes. Pangloss lui expliqua comment tout était on ne peut mieux. Jacques n'était pas de cet avis. « Il faut bien, disait-il, que les hommes aient un peu corrompu la nature, car ils ne sont point nés loups, et ils sont devenus loups. Dieu ne leur a donné ni canon de vingt-quatre ni baïonnettes, et ils se sont fait des baïonnettes et des canons pour se détruire. Je pourrais mettre en ligne de compte les banqueroutes, et la justice qui s'empare des biens des banqueroutiers pour en frustrer les créanciers. -- Tout cela était indispensable, répliquait le docteur borgne, et les malheurs particuliers font le bien général, de sorte que plus il y a de malheurs particuliers, et plus tout est bien. » Tandis qu'il raisonnait, l'air s'obscurcit, les vents soufflèrent des quatre coins du monde et le vaisseau fut assailli de la plus horrible tempête à la vue du port de Lisbonne.