« A dan dot soley | Page d'accueil | Quelques-unes des très nombreuses raisons pour lesquelles je ne puis rester au Mouvement Démocrate. »
20.04.2008
Bayrou et Aimé Césaire
Emu par la disparition le 17 avril d' Aimé Césaire et impressionné par l' hommage unanime de la classe politique toutes tendances confondues, dès la nouvelle apprise, je me mis à lire les témoignages qui affluaient. Tous les acteurs (et actrices !) majeurs de la société française s'étaient déjà exprimés.
Mais dans cette liste, nulle trace de François Bayrou - en fait il réagira ultérieurement avec une louange appuyée parlant (tout comme je l'ai fait) d'homme debout, évoquant les grandes valeurs que représentait Aimé Césaire.
Comment, me dis-je sur le moment, comment se pourrait-il que François Bayrou qui se prétend chantre de la liberté, de l'humanisme, du parler-vrai ait pu oublier de saluer la mémoire du poète ? Il a probablement réagi, pensais-je, et l'information n'a pas été retransmise par les media. Les militants se plaignent souvent que leur leader est tenu de côté par les milieux de l'information : alors que j'ai toujours pensé l'inverse, devrais-je leur accorder aujourd'hui qu'ils auraient raison ?
Et si je recherchais sur internet ? Il se trouvera bien un blog officiel (ou non) relayant une déclaration de Bayrou que les media nationaux auront ostracisée ?
Me voici donc tapant dans mon moteur de recherche internet "Césaire Bayrou".
Quelle ne fut pas ma surprise à la découverte de quelques liens sur lesquels je cliquais !
Césaire Bayrou (voir message du 26 avril 2006 08H40)
Pensant à la célèbre phrase de Jean-Pierre Chevènement : "un ministre ça ferme sa gueule ou ça démissionne", et réfléchissant au paradoxe temporel que représente une telle censure, censure accomplie par un homme qui s'affiche aujourd'hui vigoureusement comme Le chantre de la liberté d'expression et de l'indépendance de l'information, je me pose plusieurs questions :
- Entre la censure et l'hommage au poète, devons nous voir une évolution positive du responsable politique ?
- La liberté d'expression, le droit dans l'éducation à l'accès vers une connaissance objective des formes artistiques de toutes tendances et le devoir de permettre la jouissance de ce droit sont-elles des valeurs qui nécessitent la maturité politique, intellectuelle dont on pourrait dispenser un jeune ministre d'un peu plus de 40 ans ? La prise en conscience du caractère impérieux de ces valeurs est-elle si compliquée qu'elle exige de dépasser la cinquantaine pour qu'un responsable politique en comprenne l'enjeu ?
- Selon la réponse que l'on apporte à la question précédente, puisque certains défenseurs invoquent la pression d'une majorité sur un minsitre impuissant, peut-on penser que M. Bayrou ferait partie de ces responsables politiques qui "la ferment" (donc ne démissionnent pas) alors qu'ils sont ministres pour "l'ouvrir" ensuite lorsque les échéances électorales arrivent alors qu'ils ne sont plus au pouvoir, ne risquent plus rien et n'ont donc pas à démissionner ?
- Est-ce une tradition qu'un ministre de la Ve république ne démissionne pas lorsque ses convictions sont remises en question par la solidarité ministérielle qui lui est imposée ? D'autres ministres n'auraient-ils pas déjà démissionné ? Ne vous semble t-il pas avoir des noms en tête ?
- Certains qualifient la posture politique de François Bayrou de "courageuse". Quelles sont les postures les plus courageuses : "la fermer comme ministre puis l'ouvrir quand on n'a plus rien à perdre" ? ou : "se battre de la même façon pour les convictions que l'on prétend servir, que l'on soit en poste ou non" ?
Cher Aimé Césaire,
La semaine dernière, je n'avais encore que des regrets... Oui, ce n'étaient bien que des regrets pour cette participation enthousiaste à la création du Mouvement « Démocrate ». Regrets car il est toujours affligeant pour les braves gens de se voir proposer de vivre dans un bel édifice collectif à partir de plaquettes publicitaires alléchantes, de participer laborieusement à sa prétendue construction pour avoir enfin le sentiment que si les documents de construction sont flous, si les besogneux qui maçonnent ne voient que des ébauches parcellaires de plans, si l'ouvrage attendu ne sort pas de terre, c'est que le magnifique immeuble collectif de plain-pied qu'on leur a vendu n'est constitué que d'une étroite cage pour un ascenseur monoplace menant à l'étage "année 2012, présidentielles" ! et qu'il convient qu'ils ne voient pas trop loin afin de ne pas les inciter à la désertion ! Tout comme ils doivent continuer à croire qu'ils travaillent pour la collectivité ! Bon... Mais finalement, lorsque les besogneux que l'on côtoie en homologues dans cette entreprise sont sympas, on se fait une raison, on se dit que le temps passé n'est pas complètement perdu. Et on a raison de raisonner ainsi.
Mais arrive hélas le moment où, à force de recevoir jour après jour une goutte amère derrière l'autre, la coupe déborde.
J'en suis là désormais.
J'ai honte aujourd'hui d'avoir pu être aveuglé par l'enthousiasme d'un beau projet de société à la tête duquel ne se trouve qu'un homme, un homme qui reproche à ses adversaires de ne pas respecter des valeurs qu'il n'a pas défendues en son temps ou qu'il a peut-être même foulées du pied.
J'ai honte aujourd'hui de n'avoir pas réagi dans ce mouvement aux nombreuses dérives dans lesquelles je n'aurais du voir qu'autocratie et dissimulation. Au mieux ai-je honte, lors de ces jours où se mélangent lucidité et espoir sur la palette multicolore de notre incompréhension, d'avoir pu penser (malgré ma déception grandissante depuis de nombreux mois) que cela pourrait peut-être changer.
J'ai honte de toutes ces belles paroles qui ne résistent pas aux assauts du temps et du besoin de vérité.J'ai honte aujourd'hui d'avoir participé à l'élaboration de ce mouvement « démocrate » et « collectif » qui ne sait que développer en son sein le culte du chef et où la seule parole transmise à l'extérieur est celle d'un unique conducteur qui, en se victimisant, reproche à ses adversaires le comportement exact qu'il a avec eux. J'ai honte de ce populisme qui devient le seul mode d'expression tant à l'intéreur qu'à l'exterieur. J'ai honte d'avoir fait partie d'une organisation tellement démocrate qu'elle ait pu susciter même chez certains de ses membres la comparaison avec un système d'une secte gouvernée par un gourou.
Tout cela serait triste s'il ne nous restait, cher Aimé Césaire, l'espoir que votre exemple (et celui de beaucoup d'autres) fait naître en nous de nous envoler avec vos écrits, grands oiseaux emplumés de Liberté.
Dans l'exemple trouverons-nous peut-être l'énergie de rester dressés et combatifs.
La plume de ces grands volatiles de Liberté, les poèmes de Neruda, m'a chatouillé cet après midi lorsque je me suis dirigé vers mon étagère ornithologique !
Je ne pouvais que m'abreuver dans le sillon de son Chant Général et en extraire ici les vers dans le terreau éloquent de son hommage à votre frère nègre Toussaint Louverture :
De sa douceur enchevêtrée
Haïti extrait des pétales pathétiques,
une droiture de jardins, des édifices
de la grandeur ; la mer y berce
pareille à une aïeule noire
sa vieille dignité de peau et d'étendue.
Toussaint Louverture noue entre elles
l'indépendance végétale,
la majesté rivée aux chaînes
et la voix sourde des tambours,
puis il attaque, obstrue la route,
grimpe, ordonne, expulse, défie
comme un monarque naturel ;
mais dans le filet ténébreux
il tombe un jour, on le transporte
sur les mers, traîné, bousculé
comme le retour de sa race,
on le jette à la mort secrète
des sentines et des basses-fosses.
Mais les rochers brûlent dans l'Ile,
les branches parlent en leurs cachettes,
on se communique l'espoir,
et les murs du bastion surgissent.
La liberté est ta forêt,
mon frère sombre, garantis
ton souvenir et ta souffrance
et que les héros du passé
protègent ta magique écume.
Pablo Neruda XXX Chant Général
Je suis à nouveau debout et redressé !
Merci Césaire, Louverture, Neruda et tous les autres !
Orange : c'est la couleur d'un crépuscule souvent annonciateur de lendemains pluvieux. A quoi nous servirait-il de vouloir figer ce crépuscule ? laissons veir la nuit porteuse de conseils : elle enseigne la patience et l'espoir. Bientôt, pour qui sait attendre, une aube se lèvera sur un jour enfin ensoleillé.
Nous pourrons alors reprendre à l'épaule notre baluchon rempli de nos outils et nous remettre sur le chemin de la liberté. Chemin tout au long duquel de fraîches et mûres baies attendront la cueillette de nos propres mains. Cela ne vaudra t-il pas mieux que d'ingurgiter béats et immobiles les fruits traditionnellement destinés aux prisonniers qu'un autocrate nous sert de surcroît probablement décongelés et ainsi tout desséchés ? Dame ! ils étaient congelés depuis 1967 et avaient subi plusieurs cycles de congélation-décongélation ! Dire qu'on nous garantissait leur fraîcheur !
00:09 Publié dans la France | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : bayrou, césaire, libre expression, censure, interdit, griotteray, liberté





Commentaires
Cher Charles,
Tu n’es pas seul à avoir emprunté ce chemin que l’on nommait Espoir, il y a quelques mois encore… et qui en réalité vient d’être rebaptisé Déception.
Oui, le forum des démocrates à Seignosse, puis le congrès fondateur du mouvement de Villepinte nous ont laissé entrevoir un chemin différent, une ouverture vers l’humanisme que prône depuis si longtemps son porte-parole.
Oui, nous sommes nombreux à constater que la frontière séparant la démocratie et l’autocratie a été allègrement franchie par ce même porte-parole, obnubilé par les récentes échéances politiques, et qui pensait sans doute faire oublier une défaite nationale grâce à une hypothétique victoire locale, abandonnant chemin faisant l’idée de créer une véritable stratégie globale, au profit de sa seule ambition personnelle.
Oui, nous sommes très nombreux (de plus en plus devrais-je dire) à être déçus par son attitude et celle de ceux qui le soutiennent dans les instances supérieures du Mouvement.
Mais je sais que si le moral est atteint, les forces restent intactes. Les rangs se resserrent, et les jeunes de plus en plus nombreux sont prêts à faire entendre leurs voix et prendre leurs responsabilités au sein du Mouvement.
Alors, fort de cette foi pourtant égratignée, j’attends aujourd’hui que les erreurs soient officiellement reconnues par leurs auteurs, et que l’idée de démocratie, tellement galvaudée à force de discours non suivis d’effets, reprenne enfin toute sa valeur et sa respectabilité.
Oui, je crois que nous pouvons et devons agir tous ensemble, car il n’est jamais trop tard pour arrêter de subir…
Dum spiro, spero.
Guy DI MEGLIO
Ecrit par : Guy DI MEGLIO | 20.04.2008
@ Guy
Merci Guy pour ton message. Merci pour cette amicale volonté que tu manifestes de me communiquer de l'espoir.
Mais il ne s'agit plus pour moi, hélas, aujourd'hui de réfléchir à ce qui me paraît être réalisable dans le Modem. Là où de nombreux militants voient des entraves que certains « conservateurs » sèment comme autant d'embûches à faire advenir un mouvement politique où les actes seraient à la hauteur des déclaration, je vois tout autre chose.
Le sentiment est trop fort en moi que le lest plombant lourdement le Modem n'est autre que François Bayrou lui même. Les faits ne résistent pas à mon analyse lorsque je regarde de près l' évolution du discours, des actes (au plan local et national). Le discours me semble électoraliste (ce n'est as tout : je lui trouve hélas de plus en plus une coloration populiste) et les actes me paraissent au mieux confus et au pire en totale contradiction avec les propos. Aimé Césaire aurait peut-être ri à l'évocation du proverbe de sa belle ile : « Avè bouch ou ka gangné chouval a krédi » (avec ta bouche tu peux acheter un cheval à crédit)
Or avec le temps et la force de certains événements, on découvre la face arrière des choses, les martiniquais en ont une expression très imagée : «Cé kan ven ka vanté ou ka ouè kiou poul' » (c'est lorsque le vent souffle que l'on voit le cul de la poule)
Les créoles antillais disent aussi : «Apatoudi mandé moun doubout dwèt kon pikèt, sé lè yo lévé kochi kon zen » ( ça ne sert à rien de demander à quelqu'un d'être droit comme un piquet s'il a grandi tordu comme un hameçon)
Je n'ai nullement l'âme d'un redresseur d'hameçon (ce genre d'hameçon qui sert à attraper les suffrages lors de la pèche aux électeurs !).
Je peux me tromper. C'est ce que je souhaite à tous ceux, sincères, qui y croient encore et qui, toutes considérations politiques mises de côté, demeurent mes amis.
Bon courage.
Amicalement.
Charles TOCANIER
"Il est des moments où il faudrait oublier les vieux espoirs et s'en créer de nouveaux." Johann Friedrich Von Schiller
Ecrit par : Charles Tocanier | 21.04.2008
Merci de votre vigilance. François Bayrou s'est ridiculisé en venant en Martinique, en déclarant, entre autres, se souvenir d'un ver du poète : "un homme noir sur une terre noire"... Même ceux, nombreux, qui n'ont pas lu une seule ligne de Césaire savent qu'il n'aurait jamais rien pu écrire de si pauvre... Grotesque !
Césaire et Bayrou, une longue histoire... Comment résister au plaisir de vous faire partager cet extrait du Journal officiel de la République Française, Annales de l'Assemblée nationale, le 15 mars 1950, p. 2078 :
"Aimé Césaire : [. . .] En vérité, alors que, dans nos territoires, la misère, l'oppression, l'ignorance, la discrimination raciale sont de règle, alors que, de plus en plus, au mépris de la Constitution, vous vous ingéniez à faire de l'Union française non pas une union, mais une prison de peuples . . . (Exclamations à gauche, au centre et à droite. Applaudissements à l'extrême gauche. )
Paul Caron : Vous êtes bien content qu'il y ait l'Union française
Marcel Poimboeuf ; Que seriez-vous sans la France ?
Aimé Césaire : Un homme à qui on n'aurait pas essayé de prendre sa liberté.
Paul Theetten : C'est ridicule
Paul Caron : Vous êtes un insulteur de la patrie. (À droite.) Quelle ingratitude
Maurice Bayrou : Vous avez été bien heureux qu'on vous apprenne à lire
Aimé Césaire ; Ce n'est pas vous, monsieur Bayrou, qui m'avez appris à lire. Si j'ai appris à lire, c'est grâce aux sacrifices de milliers et de milliers de Martiniquais qui ont saigné leurs veines pour que leurs fils aient de l'instruction et pour qu'ils puissent les défendre un jour. [Applaudissements à l'extrême gauche]."
57 ans plus tard, il semblerait que ce soit François Bayrou qui aie le plus besoin d'apprendre à lire...
Ecrit par : Poulbwa | 25.04.2008
PETIT COUCOU DE PHILIPPE QUI PENSE BIEN À TOI ET BIEN SÛR À TOUS TES LECTEURS !
Ecrit par : Fil Vert | 14.05.2008
Ecrire un commentaire