13.06.2008

Quelques-unes des très nombreuses raisons pour lesquelles je ne puis rester au Mouvement Démocrate.

Je ne reviendrai pas longuement sur les raisons ordinaires de ma désaffection du Mouvement Démocrate, sur ces raisons qui m'ont amené à dénoncer la duperie que je vois dans le principe d'un mouvement « démocrate » conçu par et pour un homme volontairement solitaire qui ne vise que les élections présidentielles et semble vouloir mettre en place dans son parti une organisation féodale tout en faisant des leçons de morale et de démocratie aux différentes célébrités de la scène politique française.

Je me suis suffisamment étendu sur les aspects qui me semblaient pitoyables de ce mouvement que l'on vide de tous ses talents d'audience nationale, talents qui pourraient faire de l'ombre alors que le leader doit demeurer omniscient et incontestable. J'ai été assez critique (et quelquefois de façon très mordante dans les colonnes de ce blog) sur ce culte de la personnalité du chef ; culte non seulement admis, mais probablement même habilement entretenu par le chef lui même et par ses proches dans les rangs des militants .

Je n'ai pas non plus caché ma forte désapprobation des incessants décalages entre les discours du leader François Bayrou et ses actes, décalages qui deviennent inadmissibles dès lors qu'au travers de leur récurrence on ne peut pressentir qu'une stratégie de promotion personnelle, stratégie d'autant critiquable qu'elle s'appuie, de plus en plus pour le moment, sur un discours populiste.

Outre l'indigence du projet que tente de pallier laborieusement cette posture populiste difficilement défendable - posture qui ne peut se départir de sa marque de fabrique caractérisée par un cheminement intellectuel du type chevalier blanc qui va « dire oui à ce qui est bon et non à ce qui ne va pas dans le bon sens », puisque chacun sait que l'omniscient Bayrou est doté de cette science divine, qui permet de séparer ce qui est bon de ce qui est mauvais - le Modem présente également d'autres aspects préoccupants.

Préoccupants, ces aspects le sont non pas par une perversité intrinsèque toute particulière que ce parti pourrait receler, mais plutôt en raison du non-dit qui fonde son positionnement politique. Non-dit car, soit parce que l'afflux massif de nouveaux militants provenant de milieux non-institutionnels de la politique avec leurs bagages de nouveauté a porté celui qui a accouché de ce mouvement démocrate à un niveau que nul ne soupçonnait, l'éloignant ainsi en apparence du socle politique fondamental sur lequel il s'appuyait, soit parce qu'il était de l'intérêt même de son leader d'utiliser ce souffle de nouveauté exhalé par l'arrivée de ces milliers de nouveaux visages, souffle permettant de recouvrir d'un couche de fond de teint sa vraie physionomie.


Mais si l'on regarde de près, le socle ou le vrai visage transparaissent. Inévitablement.

 

bérroué.jpg
François Bayrou, surnommé admirativement
du beau sobriquet de "Françouais Bérroué"
par certains des militants du Mouvement Démocrate

 

François Bayrou est un démocrate chrétien. L'ensemble de l'organisation au niveau national de ce mouvement semble montrer que le Modem n'est rien d'autre qu'une tentative de résurrection de ce vieux parti « catho » qu'était le M.R.P. Il se dit même que le siège du Modem appartiendrait en partie à « l'amicale des anciens du M.R.P. »

Nombre de postes-clé sont « confiés démocratiquement » à des amis d'idéologie démocrate-chrétienne au travers de systèmes de nominations qui semblent plutôt relever de la volonté de François Bayrou que d'une démarche démocratique dans le mouvement. Sous d'autres aspects, pour ne donner qu'un petit exemple (petit, mais révélateur !) dans le dernier meeting organisé sur l' Europe, la presque totalité des personnalités nommées sur les cartons d'invitation proviennent de ces milieux de chrétiens engagés.

Pourquoi ne pas assumer ce caractère de forte imprégnation ? parce que le seul terme de « chrétien » ou « catho » est capable à lui seul de faire fuir 80% de cet électorat que François Bayrou avait réussi à drainer lors des présidentielles, électorat qui s'est depuis suffisamment évaporé comme cela ?

Sous un autre angle, si l'on regarde le positionnement politique, rien ne change avec le Modem des anciens partis « cathos ». La posture politique est évidemment celle très classique de la famille démocrate chrétienne française : une critique (quelquefois vive) du libéralisme, et pourtant des alliances électorales en grande majorité avec cette droite que l'on fustige courageusement en privé mais dont on fait le lit en public, devant laquelle on se couche et qu'on finit toujours par promouvoir avec toute l'abnégation que lui confère la pusillanimité légendaire du centricus vulgaris et sa franchise mythique elle aussi !

En arrivant au Modem, je savais évidemment que je serai amené à côtoyer des démocrates-chrétiens. J'étais prêt à échanger avec eux et même heureux à cette idée d'un mélange culturel : ils avaient eu une démarche courageuse de déclarer vouloir s'émanciper de cette droite qui règne en maitre sur eux et suscite tant de mépris courtois réciproque, me disais-je. Mais en participant à ce mouvement « démocrate », je n'avais nullement l'intention de promouvoir un parti dont les verrous qui sont en train de se mettre en place semblent révéler un neo-M.R.P. déguisé ! Les 60 000 adhérents que revendique François Bayrou dans le Modem (combien en reste t-il aujourd'hui ?) sont-ils conscients de ce positionnement ? Peuvent-ils l'accepter ?


J'en suis persuadé : un des enjeux politiques majeurs pour notre pays et pour l' Europe dans les prochaines décennies sera la défense de la laïcité.

A cet égard, en pensant au démocrate-chrétien Bayrou et à ses amis, je me remémore cet amusant proverbe anglais : « si tu veux que ton poulailler prospère, ne le donne pas à garder au renard ». Le renard peut certes affirmer qu'il est devenu végétarien. Le renard parle beaucoup, avec verve, habileté, lyrisme, force de conviction. Mais attendez qu'il prouve vraiment son nouveau régime alimentaire. Il se pourrait que ses paroles ne soient que rouerie.

François Bayrou a beaucoup parlé de démocratie. Avec verve, habileté, lyrisme, force de conviction. Il s'est présenté aux yeux des français comme démocrate ? qu'à cela ne tienne : dans son petit parti, il invite à penser qu'il en est l'inverse.

Quand François Bayrou se dit laïc... je crains qu'il ne le soit autant que démocrate ! d'autant que certains indices peuvent amener à réfléchir, mais nous parlerons de cela une autre fois, peut-être... Quand François Bayrou se dit laïc, disais-je, je pense au renard devenu végétarien...

Pourrait-on confier au démocrate chrétien (qui, probablement par électoralisme, ne s'affiche plus comme tel), lui qui s'est révélé être le piètre démocrate alors qu'il portait haut la morale du même nom, la garde de ce trésor inviolable que doit être la laïcité ?

Comme pourrait le dire je ne sais qui : « il n'existe que des preuves de démocratie et que des preuves de laïcité ». Attendons, avant de sauter comme des cabris en criant « Bayrou ! Bayrou ! » qu'il fasse ses preuves réellement sur ces sujets défendus en parole mais plutôt infirmés dans les actes jusqu'à présent.

« Penser, c'est dire "non" »
. Alain

Ce «non», ma démission du Mouvement Démocrate l'exprime de toutes ses forces.

 

COLOMBE.jpg

 Colombe de la Démocratie Chrétienne ?

ou

portrait d'un des nombreux adhérents Modem qu'on a pris pour des "pigeons"  ? 

 

 

 

 

Lien interessant : Adieu Modem, je t'aimais bien