10.09.2009

Eine Nacht. Ein Leben (suite)

Christine Schäfer, soprano

Ensemble Intercontemporain. Pierre Boulez, direction

Pierrot Lunaire op.21 d'Arnold Schönberg

d'après les poèmes d'Albert Giraud

 

 

Der kranke Mond

       Du nächtig todeskranker Mond       
        Dort auf des Himmels schwarzem Pfühl,       
        Dein Blick, so fiebernd übergroß,       
        Bannt mich wie fremde Melodie.       
               
        An unstillbarem Liebesleid       
        Stirbst du, an Sehnsucht, tief erstickt,       
        Du nächtig todeskranker Mond       
        Dort auf des Himmels schwarzem Pfühl.       
               
        Den Liebsten, der im Sinnenrausch       
        Gedankenlos zur Liebsten schleicht,       
        Belustigt deiner Strahlen Spiel -       
        Dein bleiches, qualgebornes Blut,       
        Du nächtig todeskranker Mond.       

 

Lune malade

       O Lune, nocturne phtisique,       
       Sur le noir oreiller des cieux,       
       Ton immense regard fièvreux       
       M'attire comme une musique!       
               
       Tu meurs d'un amour chimérique,       
       Et d'un désir silencieux,       
       O Lune, nocturne phtisique,       
       Sur le noir oreiller des cieux!       
               
       Mais 'dans sa volupté physique       
       L'amant qui passe insoucieux       
       Prend pour des rayons gracieux       
       Ton sang blanc et mélancolique,       
       O Lune, nocturne phtisique!       
               
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Nacht (Passacaglia)

               
       Finstre, schwarze Riesenfalter       
       Töteten der Sonne Glanz.       
       Ein geschlossnes Zauberbuch,       
       Ruht der Horizont - verschwiegen.       
               
       Aus dem Qualm verlorner Tiefen       
       Steigt ein Duft, Erinnrung mordend!       
       Finstre, schwarze Reisenfalter       
       Töteten der Sonne Glanz.       
               
       Und vom Himmel erdenwärts       
       Senken sich mit schweren Schwingen       
       Unsichtbar die Ungetume       
       Auf die Menschenherzen nieder...       
       Finstre, schwarze Riesenfalter.       

Papillons noirs

       De sinistres papillons noirs       
       Du soleil ont éteint la gloire,       
       Et l'horizon semble un grimoire       
       Barbouillé d'encre tous les soirs.       
               
       Il sort d'occultes encensoirs       
       Un parfum troublant la mémoire;       
       De sinistres papillons noirs       
       Du soleil ont éteint la gloire.       
               
       Des monstres aux gluants suçoirs       
       Recherchent du sang pour le boire,       
       Et du ciel, en poussière noire,       
       Descendent sur nos désespoirs.       
       De sinistres papillons noirs.       
               
               
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Gebet an Pierrot

        Pierrot! Mein Lachen       
        Hab ich verlernt!       
        Das Bild des Glanzes       
        Zerfloß - Zerfloß!       
               
        Schwarz weht die Flagge       
        Mir nun vom Mast.       
        Pierrot! Mein Lachen       
        Hab ich verlernt!       
               
        O gieb mir wieder,       
        Roßarzt der Seele,       
        Schneemann der Lyrik,       
        Durchlaucht vom Monde,       
        Pierrot - mein Lachen!       
               

Supplique

       Pierrot! Le ressort du rire,       
       Entre mes dents je l'ai cassé:       
       Le clair décor s'est effacé       
       Dans un mirage à la Shakspeare.       
               
       Au mât de mon triste navire       
       Un pavillon noir est hissé:       
       O Pierrot! Le ressort du rire,       
       Entre mes dents je l'ai cassé.       
               
       Quand me rendras-tu, porte-lyre,       
       Guérisseur de l'esprit blessé,       
       Neige adorable du passé,       
       Face de Lune, blanc messire,       
       O Pierrot! le ressort du rire?       
       
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Raub

       Rote, fürstliche Rubine,       
       Blutge Tropfen alten Ruhmes,       
       Schlummern in den Totenschreinen,       
       Drunten in den Grabgewolben.       
               
       Nachts, mit seinen Zechkumpanen,       
       Steigt Pierrot hinab - zu rauben       
       Rote, fürstliche Rubine,       
       Blutge Tropfen alten Ruhmes.       
               
       Doch da - strauben sich die Haare,       
       Bleiche Furcht bannt sie am Platze:       
       Durch die Finsternis - wie Augen! -       
       Stieren aus den Totenschreinen       
       Rote, fürstliche Rubine.       
               

Pierrot voleur

       Les rouges rubis souverains,       
       Injectés de meurtre et de gloire,       
       Sommeillent au creux d'une-armoire       
       Dans l'horreur des longs souterrains.       
               
       Pierrot, avec des malandrins,       
       Veut ravir un jour, après boire,       
       Les rouges rubis souverains,       
       Injectés de meurtre et de gloire.       
               
       Mais la peur hérisse leurs crins:       
       Parmi le velours et la moire,       
       Comme des yeux dans l'ombre noire,       
       S'enflamment du fond des écrins       
       Les rouges rubis souverains!       
               
       ______________________________________

Rote Messe

       Zu grausem Abendmahle,       
       Beim Blendeglanz des Goldes,       
       Beim Flackerschein der Kerzen,       
       Naht dem Altar - Pierrot!       
               
       Die Hand, die gottgeweihte,       
       Zerreißt die Priesterkleider       
       Zu grausem Abendmahle,       
       Beim Blendeglanz des Goldes       
               
       Mit segnender Geberde       
       Zeigt er den bangen Seelen       
       Die triefend rote Hostie:       
       Sein Herz - in blutgen Fingern -       
       Zu grausem Abendmahle!       
               
               

Messe rouge

       Pour la cruelle Eucharistie,       
       Sous l'éclair des ors aveuglants       
       Et des cierges aux feux troublants,       
       Pierrot sort de la sacristie.       
               
       Sa main, de la Grâce investie,       
       Déchire ses ornements blancs,       
       Pour la cruelle Eucharistie,       
       Sous l'éclair des ors aveuglants,       
               
       Et d'un grand geste d'amnistie       
       Il montre aux fidèles tremblants       
       Son coeur entre ses doigts sanglants,       
       - Comme une horrible et rouge hostie       
       Pour la cruelle Eucharistie.      

Galgenlied

Die dürre Dirne

Mit langem Halse

Wird seine letzte

Geliebte sein.


In seinem Hirne

Steckt wie ein Nagel

Die dürre Dirne

Mit langem Halse.


Schlank wie die Pinie,

Am Hals ein Zöpfchen -

Wollüstig wird sie

Den Schelm umhalsen,

Die dürre Dirne!


La chanson de potence

La maigre amoureuse au long cou  

Sera la dernière maîtresse  

De ce traîne-jambe en détresse,  

De ce songe-d'or sans le sou.  



Cette pensée est comme un clou  

Qu'en sa tête enfonce l'ivresse :  

La maigre amoureuse au long cou  

Sera sa dernière maîtresse.  



Elle est svelte comme un bambou ;  

Sur sa gorge danse une tresse,  

Et, d'une étranglante caresse,  

Le fera jouir comme un fou,  

La maigre amoureuse au long cou.

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