17.04.2008

A dan dot soley

Cher Aimé Césaire,

C'en est ainsi : il fallait bien que vous finissiez par vous en aller vous aussi.

1337813021.jpgEst-ce un des traits de votre esprit libertaire qui vous a fait partir quelques jours avant le 160e anniversaire de la Révolution de 1848 et de l'abolition de l'esclavage ?

Au Panthéon des hommes de couleur dont Victor Schoelcher a permis l'ouverture de porte, vous rejoignez ceux qui comme vous avaient pour aïeux des esclaves, ou ceux qui ont servi de si belle façon cette négritude qui vous était chère. Ils s'appelaient Léon Gontran-Damas, Gaston Monnerville, Blaise Diagne, Félix Eboué, Léopold Sédar Senghor et j'en oublie bien d'autres encore. Vous partagerez avec eux cette image dans notre souvenir d' homme fier, debout, engagé, amoureux de la Liberté et des hommes.

Cher Aimé, je voudrais relire avec vous une partie de ce discours que fit Gaston Monnerville en 1948 lors de la commémoration du 100e anniversaire de l' abolition de l'esclavage et de la révolution de 1848 :

 "L'esclavage des Noirs ! Messieurs SENGHOR et CESAIRE vous ont rappelé ce qu'a été cette plaie qui souillait l'humanité. Je n'en reprendrai pas le tableau.

Cette institution jadis sacro-sainte était dans les moeurs coloniales et le Roi de France lui-même se livrait au commerce du "bois d'ébène".

Mais la sensibilité et l'instinct du peuple de France lui étaient contraires. Le peuple de France est hostile à toute négation de la liberté; et si le mérite des philosophes et des orateurs fut de diffuser par l'écrit ou la parole l'idée de l'émancipation, on peut dire qu'elle préexistait dans la sensibilité populaire. Ayant conquis la liberté par sa volonté et son propre sursaut, la masse française devait inévitablement vouloir l'étendre à tous les autres peuples asservis.

Et tel a bien été le déroulement des faits : chaque fois que le peuple français a eu la possibilité de faire entendre sa voix, il a imposé l'abolition de l'esclavage. (...)

Contre la volonté, il n'est point de fatalité.

Tout est possible à celui qui refuse la servitude.

C'est la leçon exaltante qui se dégage de l'exemple même d'un homme comme Victor SCHOELCHER. C'est celle dont nous, hommes de couleur, venant de tous les horizons d'Outre-Mer, voulons nous inspirer sans cesse, car elle nous montre qu'une volonté tenace, mise au service de la raison et d'un haut idéal, est susceptible de changer la face du monde.

Elle a été notre guide aux heures où là le fanatisme bestial menaçait d'éteindre les lumières de l'esprit et où avec la France, risquait de sombrer la Liberté.

C'est elle qui brillait au front de ces hommes d'Outre-Mer qui, répondant au geste historique de leur congénère Félix EBOUE partirent pour la croisade de la libération, (...)  et, versant le meilleur de leur sang sur la terre d'Alsace et devant Colmar même, libéraient à leur tour le berceau de leur libérateur. Voilà la leçon et la justification de Victor SCHOELCHER. Ces fils d'affranchis se jetèrent dans la lutte, non pas comme des mercenaires sans âme, mais comme des hommes qui, depuis SCHOELCHER et grâce à SCHOELCHER, ont compris qu'il n'est pas au monde de bien supérieur à la Liberté.(...)

Alors, à ceux qui douteraient encore, à ceux qui s'attarderaient à s'interroger sur l'opportunité du grand geste que fut l'émancipation des esclaves et leur appel à la citoyenneté, à ceux qui, pendant longtemps, ont souri de la « naïveté » des révolutionnaires de 1848 et de leurs utopies, nous qui avons médité tant sur l'acte que sur les mobiles du grand abolitionniste, nous qui avons perçu la résonance profonde qu'il a eue dans l'esprit de tous les citoyens du monde, nous crierons de toute notre foi, du plus profond de notre être reconnaissant:

"Oui, Victor SCHOELCHER avait raison"."

Cher Aimé Césaire, votre exemple, comme celui des hommes que vous rejoignez dans nos mémoires, sera un encouragement à nous tenir debouts et à participer humblement à la continuation de votre action : contre l'oppression des peuples, contre le (neo)colonialisme,... pour construire un humanité libertaire, libre, égalitaire où regnera l'égalité par la fraternité au delà des obstacles que les sectarismes et les racismes cherchent à dresser entre les hommes, au delà de la pigmentation de nos épidermes.

A dan dot soley...

(au revoir...) 

 

Participez à la signature de la pétition : Césaire au Panthéon 

(nota : votre pétition est déjà enregistrée lorsqu'apparaît la page de demande de donation pour l'hébergeur de la pétition, donation que vous n'êtes pas obligés de satisfaire) 

25.10.2007

Religion, enfer et Méditerranée

Le 23 octobre dernier, Nicolas Sarkozy se trouvait à Tanger au Maroc où il a prononcé une allocution bien dans le style « Gaino ».

A l’issue de ce discours, trois sujets de discussions nous semblent pouvoir donner lieu à un débat passionnant.

 

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Tout d’abord celui de la forme discursive. Dans son intervention, on retrouve tout à fait cette vision manichéenne et bipolaire caractéristique du monde et de l’humanité selon Nicolas Sarkozy - à l’instar de son ami le dévot G.W. Bush. [Si nous évoquons la question de dévotion, c’est qu’elle fera partie d’un des deux autres sujets que nous  soulèverons] Quelques extraits du discours illustreront parfaitement cette vision en forme de noir et blanc, bien et mal, bons et méchants qui nourrit l’inconscient et le conscient du président de la République française :

«… Au monde méditerranéen qui n’a pas cessé, depuis des siècles d’être écartelé entre l’esprit des croisades et l’esprit du dialogue, qui n’a pas cessé d’être tiraillé entre la haine et la fraternité, qui n’a pas cessé finalement d’hésiter entre la civilisation et la barbarie, je veux dire… »

« … En Méditerranée se décidera si oui ou non, les civilisations et les religions se feront la plus terrible des guerres. En Méditerranée se décidera de savoir si oui ou non le Nord et le Sud vont s’affronter. En Méditerranée se décidera de savoir si oui ou non le terrorisme, l’intégrisme, le fondamentalisme réussiront à imposer au monde leur registre de violence et d’intolérance. Ici on gagnera tout ou on perdra tout… »

Nous passerons, afin d’alléger notre article, sur tous les autres exemples révélateurs : ceux que nous venons d'énoncer sont les plus frappants.

 

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En deuxième point, nous avons été inquiétés par la démarche, calquée sur celle de Bush, consistant à exposer les choses au plan religieux. Nicolas Sarkozy ne cesse de ramener les idées à un concept selon lequel chrétienté, islam, judaïsme sont des entités représentatives respectivement à chaque pôle des sociétés en présence. Il oublie au minimum (oubli absolument pas involontaire, hélas) que la France (au nom de laquelle il parle) est un état laïc. Et de façon plus grave encore il circonscrit l’identité des peuples à l’intérieur d’un critère religieux. Danger !!!

En voici quelques exemples :

 
« C’est ici exactement au point de rencontre de la chrétienté et de l’ islam, (…) au milieu de ce peuple marocain qui n’a jamais haï personne (…) de ce peuple marocain dont l’honneur est d’avoir protégé les Juifs, quand dans toute l’ Europe ils étaient pourchassés pour être exterminés… » 

« L’Union méditerranéenne, c’est un défi (…) c’est un effort pour que chacun transmette l’amour (…). Cet amour qui est l’essence du judaïsme, cet amour qui est l’essence du christianisme, cet amour qui est l’essence de l’ islam, cet amour que les fanatiques n’ont eu de cesse de vouloir étouffer, cet amour qui est dans notre culture, qui est dans notre pensée, qui est dans notre religion… » 

 

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Puisque nous parlons de religion, abordons le dernier point dont nous voulions parler. L’enchaînement sera parfait puisque nous allons nous permettre de rappeler l’adage selon lequel « l’enfer est pavé de bonnes intentions » !

Malgré le fait que de nombreux indices puissent le laisser soupçonner, nous n’irons pas jusqu’à dire que le président Sarkozy cherche la déliquescence de l’ âme de l’ Europe : certains évoquent, peut-être à juste titre, une aspiration purement marchande aux idées européennes du chef de l’ Etat.

 
Mais nous prétendons (et ne sommes pas les seuls !) que ce projet d’ Union Méditerranéenne, sous un atour généreux est un très mauvais coup pour l’ Europe, et  en ricochet pour le Sud. L’ Europe a déjà une politique à l’égard du monde méditerranéen. Cette politique n’est certes pas ce que l’on pourrait rêver de mieux, mais elle a le mérite d’ avoir une légitimité communautaire, alors que la démarche de N. Sarkozy est une démarche individualiste et non-concertée au niveau européen. J’en veux pour preuve probable que Michel Rocard à qui Nicolas Sarkozy avait proposé la présidence de la commission qu’il comptait mettre en place pour cela a refusé la proposition. Michel Rocard aurait été en effet, si je me souviens bien, en désaccord avec le président : celui-ci refusait le principe d’une concertation européenne préalable que l'ancien premier ministre préconisait. 

Cette initiative d' Union Méditerannéenne risque de nous couper un peu plus de nos partenaires européens qui semblent déjà fort mal prendre la démarche en cavalier seul de la France. Que penserions-nous d’une Pologne qui chercherait à créer aujourd’hui sans nous en parler une « Union des peuples slaves » alors que tant reste à faire pour renforcer une Union Européenne un peu en panne ? Que penserions-nous d’une Allemagne qui chercherait à re-activer une « Union hanséatique » ? Tout ceci n’est ni sérieux, ni loyal, penserions nous. 

Le danger, pour le sud, c’est de créer une césure en Europe entre ceux qui sont favorables à l’ Union Méditerranéenne et ceux qui en sont exclu de fait – les peuples de l’ Europe du Nord – alors que c’est l’ensemble de l’ Union Européenne qui est concernée, ne serait-ce que par rapport aux questions d’immigration. « Faites financer les projets méditerranéens par l’ Union Méditerranéenne ! » risquent de dire les partenaires du Nord de l’ Union européenne – il faut savoir qu’il existe de la part de l’ U.E. de nombreux financements à l’heure actuelle. 

Il eut été profitable que M. Sarkozy se batte au sein des instances européennes pour le développement d’une vraie politique communautaire d’ouverture au bassin méditerranéen. Hélas, il s’agit pour le jogger solitaire d’une œuvre commune à mettre en place, ce qui ne semble pas dans ses habitudes et dans ses goûts…

 

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Encore une fois, Nicolas Sarkozy, dans son rêve de laisser des traces de son passage dans l’ histoire (ou peut-être de faire le  Bien ?) va jouer l’éléphant dans le magasin de porcelaines de l’enfer qui, comme on le sait, est pavé de bonnes intentions !

 

 

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Pointent-ils vraiment dans la même direction ?