29.11.2007

Allumez les Lumières !

cbea28f199877f34192b70b856a283cd.jpgCher François Marie,

Si seulement vous pouviez être là… De votre voix Arouet vous nous auriez clairement dit tout haut de ce que les évènements vous inspirent. De votre plume qui sait virevolter, vous nous auriez peut-être dit : « En notre époque de volts-ère, l’ Hôtel de Ville de Lons est savamment entouré de lampadaires comme il sied aux demeures des grands de ce monde. Pourtant le despote n’y est assurément point éclairé »

Cher François Marie, je ne pouvais cesser de penser à vous en assistant à cette séance réunissant le conseil municipal de Lons en ce 28 novembre 2007.

La salle du conseil est fort belle : à l’image du château, comme il se doit  pour faire honneur à son créateur ; il pense s’en attirer d’ailleurs par là une grande considération. De chaque côté du seigneur sont réunis les chambellans en une longue tablée, symbole vivant de dignité qui n’en rend le maitre des lieux que plus respectable.

Face à cette table dont la majesté démontre indubitablement la légitimité du potentat seigneurial, en parfaites expressions d’une démocratie étincelante, des tables en demi- rond rappellent avantageusement les légendaires débats de la Cité grecque : un amphithéâtre où siègent les élus glorifie ainsi magnifiquement  l’esprit de l’Agora. Ses élus écoutent la parole du seigneur, et rient quand il fait des contes - ce qui semble mieux lui convenir que de faire les comptes - certains le chahutent un peu alors que la plupart suivent ses leçons avec toute la bonne foi que leur inspire l’âge du Patriarche.

Pangloss a donc raison pensais-je avant que la séance ne s'avance, à qui vous faisiez dire  : « Il est démontré [..] que les choses ne peuvent être autrement : car, tout étant fait pour une fin, tout est nécessairement pour la meilleure fin. Remarquez bien que les nez ont été faits pour porter des lunettes, aussi avons-nous des lunettes. Les jambes sont visiblement instituées pour être chaussées, et nous avons des chausses. Les pierres ont été formées pour être taillées, et pour en faire des châteaux, aussi monseigneur a un très beau château ; le plus grand baron de la province doit être le mieux logé ; et, les cochons étant faits pour être mangés, nous mangeons du porc toute l'année : par conséquent, ceux qui ont avancé que tout est bien ont dit une sottise ; il fallait dire que tout est au mieux. »

La séance commençait et j’écoutais attentivement. J’en concluais qu’après le bonheur d’être né presque Maire de Lons et de prétendre le rester à vie, le second degré de bonheur était d'être conseiller municipal ; le troisième, de voir le seigneur tous les jours ; et le quatrième, d'entendre maitre l’Adjoint bien aimé du seigneur, le plus grand philosophe de la ville, et par conséquent de toute la terre.

Pourtant, je compris rapidement que quelques temps auparavant, cher François Marie, un tremblement de terre avait secoué la belle ville de Lons. Aussi les sages de l’ Assemblée, sous l’autorité de leur seigneur décidèrent-ils préalablement à huis clos de donner au peuple de Lons un bel auto-da-fé. On se saisit en conséquence d’un membre du Conseil Municipal. Une adjointe au Maire chargée de la Culture serait un magnifique exemple : Marie Casteran,  accusée d’avoir écouté puis d’avoir parlé et donné un un jour son avis. L’on décida ainsi de son bannissement afin que plus aucun tremblement de terre ne vienne mettre en péril la belle demeure seigneuriale.

Après avoir écouté mollement l'accusée et après un sermon pathétique mais expéditif du seigneur au terme duquel seule une maigre poignée de conseillers municipaux s’opposa par le vote, la subversive agitatrice, responsable des tremblements de Mairie fut condamnée sans détour…

Cher François Marie Arouet, cher Voltaire, je ne puis continuer ces lignes en tentant de vous imiter : vous seul saviez manier l’ironie perçante en estoquant de votre fleuret trempé de vérité.

Mon cher maitre de Ferney, je ne puis aujourd’hui que m’indigner. Comment une prétendue démocratie locale peut-elle laisser les formes les plus exécrables réunies de pouvoir se développer à Lons : gérontocratie, cumulocratie, fourbocratie, autocratie… ?

Cher philosophe,  j’ai vu un Maire invoquant la démocratie et ricanant sous cape à des résultats de vote dignes des plus belles séances des Soviets suprêmes - comme le faisait remarquer en séance un opposant. J’ai vu un Maire prétendant fournir des heures de travail acharné et ignorer un de ses dossiers relatifs à un achat de terrain et de bâtiment pourtant couteux. J’ai vu surtout, et c’est là le plus triste, un Maire brandir avec un pouvoir quasi-divin le couperet despotique du sectarisme sous le regard servilement approbateur des ramasseurs de miettes. C’est cela que l’on appelle démocratie à Lons !

Cher François Marie, votre congénère Montesquieu disait un jour « Comme il faut de la vertu dans la république, et dans la monarchie de l’honneur, il faut de la crainte dans un gouvernement despotique ; la vertu n’y est point nécessaire et l’honneur y serait dangereux ». Le gouvernement de la municipalité de Lons ressemble étrangement à ceux là que le Baron de la Brède dénonçait de votre temps. Les temps changent, pas les hommes.

Cher Voltaire, un autre humaniste de notre époque contemporaine nommé Albert Camus a affirmé : « Qu’est-ce que l’homme ? Il est cette force qui finit toujours par balancer les tyrans et les dieux ». Puissent les hommes déboulonner les sombres et vieux lampadaires qui peuplent le pourtour de l’ Hôtel de Ville , balancer les tyrans qui le hantent et y règnent en déités afin de faire jaillir au cœur de la Mairie... les Lumières pour la démocratie !

Charles Tocanier