19.10.2009
The survivor form Warsaw
Arnold SCHÖNBERG
The survivor from Warsaw op. 46
film de Saskia Boddeke & Peter Greenaway
I cannot remember everything. I must have been unconscious most of the time. I remember only the grandiose moment when they all started to sing, as if prearranged, the old prayer they had neglected for so many years – the forgotten creed ! But I have no recollection how I got underground to live in the sewers of Warsaw for so long a time.
The day began as usual : Reveille when it still was dark. Get out! Whether you slept or whether worries kept you awake the whole night. You had been separated from your children, from your wife, from your parents; you don’t know what happened to them – how could you sleep?
The trumpets again – Get out ! The sergeant will be furious ! They came out ; some very slowly : the old ones, the sick ones ; some with nervous agility. They fear the sergeant. They hurry as much as they can. In vain ! Much too much noise, much too much commotion – and not fast enough ! The Feldwebel shouts : “Achtung ! Stillgestanden ! Na wirds mal ? Oder soll ich mit dem Jewerkolben nachhelfen ? Na jutt ; wenn ihr’s durchaus haben wollt“. The sergeant and his subordinates hit everyone : young or old, strong or sick, guilty or innocent. It was paintful to hear them groaning and moaning. I heard it though I had been hit very hard, so hard that I could not help falling down. We all on the ground who could not stand up were then beaten over the head.
I must have been unconscious. The next thing I heard was a soldier saying : “They are all dead”, whereupon the sergeant ordered to do away with us. There I lay aside – half-conscious. It had become very still – fear and pain. Then I heard the sergeant shouting: “Abzählen !” They started slowly and irregularly : one, two, three, four – “Achtung! ” the sergeant shouted again, “Rascher ! Nochmal von vorn anfangen ! In einer Minute will ich wissen, wieviele ich zur Gaskammer abliefere ! Abzählen !” They began again, first slowly : one, two, three, four, became faster and faster, so fast that it finally sounded like a stampede of wild horses, and all of a sudden, in the middle of it, they began singing the Shema Yisroel :
Shem’a Yisroel Adonoy eloheynu Adonoy ehod
Veohavto et Adonoy eloheycho bechol levovcho uvchol
nafshecho uvechol me’odecho
Vehoyu hadevorim hoele asher onochi metsavecho hayom
‘al levovecho
Veshinontom levoneycho vedibarto bom beshivtecho
beveytecho uvelechtecho baderech uvshochbecho
uvekumecho.
Je ne peux pas me rappeler de tout, j’ai dû perdre conscience quasiment tout le temps. Je ne me souviens que du grandiose instant où, comme un fait exprès, tous se mirent à chanter la vieille prière, négligée depuis tant d’années ; la foi oubliée ! Mais j’ignore comment j’ai pu me retrouver sous terre, à vivre dans les égouts de Varsovie pendant si longtemps. Journée habituelle. Réveil bien avant le jour. Sortez ! Que le sommeil ou les soucis aient habité toute votre nuit. Vous êtes loin des vôtres, de vos enfants, de votre femme, de vos parents ; vous ignorez où ils sont - comment dormir ?
Les trompettes encore. « Sortez ! le sergent sera furieux ! ». Ils sortaient, les uns au pas, les vieillards, les malades ; d’autres, nerveux se bousculant. Ils craignent le sergent. Ils se dépêchèrent comme ils le pouvaient. En vain ! Beaucoup trop de bruit, trop d’agitation, et pas assez vite ! Le Feldwebel crie : “Silence! Gare à vous! Alors, ça vient ? vous obéissez ? ou faut-il que je vous aide avec la crosse de mon fusil ? Eh bien, si vous y tenez absolument ! » Le sergent et ses subordonnés frappèrent tout le monde : jeune ou vieux, fort ou faible, responsable ou innocent. Quelle peine de les entendre geindre et se plaindre. J’ai entendu, bien qu’on m’ait frappé bien fort ; si fort que je suis tombé malgré moi. On frappa ensuite sur la tête tous ceux d’entre nous qui ne pouvaient se relever.
J’ai dû perdre conscience. Je me souviens ensuite d’un soldat disant : « Ils sont tous morts. » Et puis, le sergent ordonna qu’on nous enlève de là. Je gisais à l’écart, mi-conscient ; il y eut alors un grand calme. Crainte et souffrance. Puis j’entendis le sergent crier : « Comptez-vous ! » Ils commencèrent lentement et irrégulièrement : un, deux, trois, quatre. « Silence ! », cria à nouveau le sergent. « Plus vite ! Recommencez ! Dans une minute je veux savoir combien j’en envoie à la chambre à gaz ! Comptez-vous ! ». Ils recommencèrent, d’abord lentement : un, deux, trois, quatre, puis de plus en plus vite comme si c’était le bruit d’un galop de chevaux sauvages, et soudain en plein milieu, ils commencèrent à chanter le Shema Yisroel :
Shem’a Yisroel Adonoy eloheynu Adonoy ehod
Veohavto et Adonoy eloheycho bechol levovcho uvchol
nafshecho uvechol me’odecho
Vehoyu hadevorim hoele asher onochi metsavecho hayom
‘al levovecho
Veshinontom levoneycho vedibarto bom beshivtecho
beveytecho uvelechtecho baderech uvshochbecho
uvekumecho.
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23.09.2009
Eine Nacht, ein Leben (suite)
Christine Schäfer, soprano
Ensemble Intercontemporain. Pierre Boulez, direction
Pierrot Lunaire op.21 d'Arnold Schönberg
d'après les poèmes d'Albert Giraud
Enthauptung
Der Mond, ein blankes Türkenschwert
Auf einem schwarzen Seidenkissen,
Gespenstisch groß - dräut er hinab
Durch schmerzendunkle Nacht.
Pierrot irrt ohne Rast umher
Und starrt empor in Todesängsten
Zum Mond, dem blanken Türkenschwert
Auf einem schwarzen Seidenkissen.
Es schlottern unter ihm die Knie,
Ohnmächtig bricht er jäh zusammen.
Er wähnt: es sause strafend schon
Auf seinen Sünderhals hernieder
Der Mond, das blanke Türkenschwert.
Décollation
La lune, comme un sabre blanc
Sur un sombre coussin de moire,
Se courbe en la nocturne gloire
D'un ciel fantastique et dolent.
Un long Pierrot déambulant
Montre avec des gestes de foire
La lune, comme un sabre blanc
Sur un sombre coussin de moire.
Il flageole et, s'agenouillant,
Rêve dans l'immensité noire
Que pour la mort expiatoire
Sur son cou s'abat en sifflant
La lune, comme un sabre blanc.
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Die Kreuze
Heilge Kreuze sind die Verse,
Dran die Dichter stumm verbluten,
Blindgeschlagen von der Geier
Flatterndem Gespensterschwarme!
In den Leibern schwelgten Schwerter,
Prunkend in des Blutes Scharlach!
Heilge Kreuze sind die Verse,
Dran die Dichter stumm verbluten.
Tot das Haupt - erstarrt die Locken -
Fern, verweht der Lärm des Pöbels.
Langsam sinkt die Sonne nieder,
Eine rote Königskrone. -
Heilge Kreuze sind die Verse!
Les croix
Les beaux vers sont de larges croix
Où saignent les rouges poètes,
Aveuglés par les gypaètes
Volant en rond dans les cieux froids.
Dans la nuit les lointains beffrois
Célèbrent de sinistres fêtes:
Les beaux vers sont de larges croix
Où saignent les rouges poètes,
Ils ont trépassé, cheveux droits,
Loin de la foule aux clameurs bêtes,
Les soleils couchants sur leurs têtes
Comme des couronnes de rois!
Les beaux vers sont de larges croix !
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Heimweh
Lieblich klagend - ein krystallnes Seufzen
Aus Italiens alter Pantomime,
Klingts herüber: wie Pierrot so holzern,
So modern sentimental geworden.
Und es tönt durch seines Herzens Wüste,
Tönt gedämpft durch alle Sinne wieder,
Lieblich klagend - ein krystallnes Seufzen
Aus Italiens alter Pantomime.
Da vergißt Pierrot die Trauermienen!
Durch den bleichen Feuerschein des Mondes,
Durch des Lichtmeers Fluten - schweift die Sehnsucht
Kühn hinauf, empor zum Heimathimmel
Lieblich klagend - ein krystallnes Seufzen!
Nostalgie
Comme un doux soupir de cristal,
L'âme des vieilles comédies
Se plaint des allures raidies
Du lent Pierrot sentimental.
Dans son triste désert mental
Résonne en notes assourdies,
Comme un doux soupir de cristal,
L'âme des vieilles comédies.
Il désapprend son air fatal:
A travers les blancs incendies
Des lunes dans l'onde agrandies,
Son regret vole au ciel natal,
Comme un doux soupir de cristal.
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Gemeinheit!
In den blanken Kopf Cassanders,
Dessen Schrein die Luft durchzetert,
Bohrt Pierrot mit Heuchlermienen,
Zärtlich - einen Schädelbohrer!
Darauf stopft er mit dem Daumen
Seinen echten türkischen Taback
In den blanken Kopf Cassanders,
Dessen Schrein die Luft durchzetert!
Dann dreht er ein Rohr von Weichsel
Hinten in die glatte Glatze
Und behäbig schmaucht und pafft er
Seinen echten türkischen Taback
Aus dem blanken Kopf Cassanders!
Pierrot cruel
Dans le chef poli de Cassandre,
Qui pousse d'affreux cris de paon,
Pierrot enfonce le trépan,
D'un air hypocritement tendre.
Le maryland qu'il vient de prendre,
Sa main sournoise le répand
Dans le chef poli de Cassandre
Qui pousse d'affreux cris de paon.
Il fixe un bout de palissandre
Au crâne, et le blanc sacripant,
A très rouges lèvres pompant,
Fume - en chassant du doigt la cendre -
Dans le chef poli de Cassandre !
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Parodie
Stricknadeln, blank und blinkend,
In ihrem grauen Haar,
Sitzt die Duenna murmelnd,
Im roten Röckchen da.
Sie wartet in der Laube,
Sie liebt Pierrot mit Schmerzen,
Stricknadeln, blank und blinkend,
In ihrem grauen Haar.
Da plötzlich - horch! - ein Wispern!
Ein Windhauch kichert leise:
Der Mond, der böse Spötter,
Äfft nach mit seinen Strahlen -
Stricknadeln, blink und blank.
Parodie
Des aiguilles à tricoter
Dans sa vieille perruque grise,
La duègne, en casaquin cerise,
Ne se lasse de marmotter.
Sous la treille elle vient guetter
Pierrot dont sa chair est éprise,
Des aiguilles à tricoter
Dans sa vieille perruque grise.
Soudain elle entend éclater
Les sifflets pointus de la brise :
La lune rit de la méprise,
Et ses rais semblent imiter
Des aiguilles à tricoter.
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Der Mondfleck
Einen weißen Fleck des hellen Mondes
Auf dem Rücken seines schwarzen Rockes,
So spaziert Pierrot im lauen Abend,
Aufzusuchen Glück und Abenteuer.
Plötzlich stört ihn was an seinem Anzug,
Er beschaut sich rings und findet richtig -
Einen weißen Fleck des hellen Mondes
Auf dem Rücken seines schwarzen Rockes.
Warte! denkt er: das ist so ein Gipsleck!
Wischt und wischt, doch - bringt ihn nicht herunter!
Und so geht er, giftgeschwollen, weiter,
Reibt und reibt bis an den frühen Morgen -
Einen weißen Fleck des hellen Mondes.
Brosseur de lune
Un très pâle rayon de lune
Sur le dos de son habit noir,
Pierrot-Willette sort le soir
Pour aller en bonne fortune.
Mais sa toilette l'importune :
Il s'inspecte, et finit par voir
Un très pâle rayon de lune
Sur le dos de son habit noir.
Il s'imagine que c'est une
Tache de plâtre, et sans espoir,
Jusqu'au matin, sur le trottoir,
Frotte, le coeur gros de rancune,
Un très pâle rayon de lune !
12:47 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : pierrot lunaire, schoenberg, boulez, christine schäfer, christine schaefer




